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mercredi 10 octobre 2018

Lettre d'hier et d'aujourd'hui encore...

photo fabian da costa



Trier des papiers...voyage dans les souvenirs...ici une lettre envoyée à nos enfants, pré-adolescents. Oubliée, relue et à peine retouchée. Celle que je peux toujours envoyer à ceux qui sont maintenant de jeunes adultes.





A mes enfants


 Je vous écris d’hier, d’un temps d’avant le temps de maintenant – celui où on n’a plus le temps.

Je vous écris de ce lieu oublié, massacré, piétiné. D’un drôle d’endroit, en haut à gauche de votre poitrine. Du lieu du coeur.

Révoltez-vous mes enfants, révoltez-vous. Oui, c’est moi votre mère, qui vous le demande. Révoltez-vous contre les pilleurs de bonheur, contre les pollueurs de beauté. Fuyez les assassins de votre innocence, les voleurs de rêves.

Ne les croyez pas ceux-là, qui goutte à goutte, emprisonnent votre âme et vous désespèrent avant même l’espoir.

Ils vous diront que le comble du bonheur c’est de pousser un caddie chargé de sodas et de sucreries dans un supermarché dégoulinant de lumières et de musique inepte.

Ils vous feront croire que vous n’existez pas si vous n’avez pas, aux pieds, sur la tête et sur le dos, petits singes sandwichs, leurs pompes et leurs fringues.

Ils vous répèteront que le travail est un esclavage féroce qui vous broiera, et que de toutes façons il n’est pas utiles de faire des efforts, puisque ce travail ne sera pas pour vous.

Ils vous apprendront que l’amour est un jeu dangereux dont il faut se protéger par un peu de caoutchouc – et qu’avec ce petit accessoire-là, liberté et bonheur sont à vous.

Ils vous affirmeront que l’habitude tue l’amour et que seuls peuvent émouvoir, les multiples éblouissements, les fulgurantes passions.

Ce n’est pas vrai, on peut aimer comme au premier jour. Aimez de tout votre cœur, de tout votre corps, l’être qui sera votre tout, votre unique. Que votre âme s ‘élance vers lui, vibrante comme au matin de l’amour.

Que ferais-je pour vous qui êtes mes plus chers ? A quoi sert-il que je sois, en vous regardant, envahie d’une colère amère. Nous vous donnons un monde dévasté, ravagé, et vous savez déjà que rien ne vous protègera de la folie des hommes.

Il y avait tout à l’heure, de grands bleuets pâles, en lisière du champ de seigle. Le soleil se renversait doucement sur le coteau violet. Venez vous asseoir, seulement vous asseoir, auprès de ces innocentes fleurs, pour que votre cœur enfin, se repose tranquille.
Il faut oser se pencher sur leur bleu éphémère, et boire comme une source fraîche et très ancienne, leur simplicité. Alors peut-être pourrez-vous commencer à dire non à ce qui tue, pour accueillir le courage de la vie.

C’est une chose bien dérisoire n’est-ce pas, que de se reposer au milieu des fleurs pour changer le monde. Mais s’agit-il de changer le monde ? Il ne vous sera pas forcément donné le pouvoir ou la parole nécessaires aux grandes actions. Mais vous aurez toujours un cœur à purifier, pour que limpide, il reflète sur vous et sur les autres, le bleu d’un  soir d’été au soleil couchant.











mardi 9 octobre 2018

de l'effet des sacs poubelles sur le moral du monde...



Je suis étourdie et particulièrement en ce moment. A l’instant très prosaïque et pourtant partagé par beaucoup d’entre de nous de changer le sac de ma poubelle, je m’aperçois que je n’en ai plus. Damned !!!

Je me précipite dans un magasin - j’attrape mon rouleau de sacs plastique et j’entame la queue pour payer, derrière trois clients. J’avoue que je tenais ostensiblement bien en vue, mon unique achat.

Et là, de chariot en chariot, je vois se lever une belle vague de gentillesse qui me dépose en douceur devant la caissière. Bien entendu je remercie chaleureusement mes bienfaiteurs qui se sont alors mutuellement congratulés de leur beau geste. Et je crois bien que c’est ce qui m’a le plus réjouie, avant le fait même de passer rapidement. Car ce plaisir qu’avait eu ces braves gens à faire un geste altruiste, fut-il de peu d’importance, était si touchant, si drôle, que je suis ressortie du magasin le cœur tout content. Et cela pour la modique somme de trois euros de sacs poubelles. Quand on vous dit que le bonheur n’a pas de prix !



dimanche 7 octobre 2018

Précieux livres I




Précieux livres, livres précieux.
Non pas livres de collection, rares et chers.
Juste livres que j'aime, que je lis, que j'oublie, 
que je redécouvre
que je relis
que je partage ici.

Celui-ci


Découvert en flânerie dans les rayons de la librairie d'Actes Sud près du Pont d'Avignon. Juste revenue du Hammam qui s'ouvre mystérieusement vers la librairie, je trouve cette boite livre d'où se sont échappés des dizaines de papillons exotiques. Car c'est, ainsi que l'annonce le sous-titre, une " Petite collection d'ailes et d'âmes trouvées sur l'Amazone." L'auteur explorateur, entomologiste, écrit des lettres aussi poétiques que doucement amoureuses à une femme lointaine. De ses campements amazoniens, il lui envoie ce qu'il a trouvé de plus précieux, 
           
            "Chère Amie,

          Ce soir, sur les bords du fleuve amazone, je me décide à ficeler cette boîte de bois vert. Mon journal d'entomologiste, mes notes, mes photographies, mes tremblantes esquisses, qui me brûlent maintenant les doigts, je vous les confie.
         Après des jours de recherche et des nuits d'insomnies, je peux vous le certifier : certains papillons sont des âmes. Ils gardent gravés sur leurs ailes les instants les plus précieux d'une vie, les souvenirs les plus rares. "

Voilà un livre que j'aime, à ouvrir avec précaution, car je le confirme, il est rempli de papillons qui ne demandent qu'à s'envoler.

        

samedi 29 septembre 2018

Lettre à une fugitive

Grèce photo fabian da costa
 Vois-tu ma très chère, ce matin comme tous les autres matins, j’ai pris mon café
en écoutant la radio, j’ai dit bonjour au chat qui rentrait de sa maraude de la nuit, j’ai regardé la météo du jour pour savoir comment m’habiller dans cette étrange saison de trop chaud ou trop froid. Bref un matin comme tous les autres.

Comme les autres ? Pas vraiment, puisque soudainement, entre deux bruits du monde, entre deux pensées sans importance, s’est glissé un silence très doux. Je me suis posée dans ce précieux silence, je l’ai écouté, goûté, savouré…et puis là est venue la conscience d’un vide, d’une absence, d’un blanc de neige où les pas de l’aimée ne se poseraient plus. J’ai regardé mes livres qui du sol au plafond tapissent mon refuge, mon île – ils étaient tous muets et endormis. Tout dormait d’ailleurs autour de moi, et en moi aussi, comme dans ces contes où un affreux sortilège plonge les gens et les bêtes dans un profond sommeil.

Il n’y a pas eu chez-moi de méchante sorcière, aucun filtre magique, aucune malédiction, juste que tu n’étais plus là et depuis si longtemps. Je suis la seule responsable, je le sais, tu as patienté longuement près de moi, attendant qu’à nouveau je te regarde. Je disais que j’allais revenir, que j’avais tant d’autres choses plus importantes dans ma vie que toi, mais que bientôt un jour, nous nous retrouverions. Tu as fait semblant de me croire, et moi j’ai fait semblant de croire ce que je te disais. Mais l’amour est ainsi qu’à se voir négligé, il finit par se retirer sur la pointe des pieds, sans bruit. Et ainsi as-tu fait, et c’était bien fait. Bien fait pour moi et pour mes bonnes et mauvaises excuses, bien fait pour toutes ses heures gâchées, à rien et à n’importe quoi, plutôt qu’à essayer de te rechercher.

Mais rien n’est perdu tant que je ne t’ai pas perdue toi, à tout jamais. Reviens, je suis prête à t’accueillir - je fais de la place dans ma vie, dans mon cœur, dans mes pensées. Reviens, chère écriture. je t’aime.

lundi 9 avril 2018

Ceux-là et les Autres

le Port de Bordeaux




Ceux-là - sont nés dans un port – les autres pas. Ceux-là ont eu dans leurs oreilles, dès qu’elles s’ouvrirent au bruits du monde, les sirènes des bateaux, la plainte lugubre des cornes de brume les nuits de novembre. Ils ont vu tourner sur les quais les grandes ailes des grues, qui arrachaient du ventre des navires les chargements de bananes, de café, d’arachides. Ils savaient que le temps aller changer à la prochaine marée, et en toute innocence ils parlaient des bittes - avec deux T - où s’enroulent les cordages des bateaux.

Où que la vie les entraîne, ils ne peuvent oublier le cliquetis des haubans, le claquement d’une voile qui s’ouvre, le clapotis de l’eau contre les digues. Ils savent que le phare s’éveille à la tombée du jour, pour lancer toute la nuit un chemin lumineux entre les hommes de la terre et ceux de la mer.

Ceux-là, et j’en suis, ne serons jamais d’autre part que d’un rivage perdu. Mais si vous les mettez dans n’importe quelle ville maritime, où ils ne sont jamais allés – ils vont flairer le vent, regarder le ciel, et vous dire avec aplomb - : la mer, c’est par là. Et ils se trompent rarement.

Si la vie les arrache à leur monde, à leurs rêves, ils vont survivre bien entendu. Ils vont apprécier à leur juste valeur tout ce que la terre des terriens offre de beau et de splendide. Mais si vous avez l’oreille fine, vous les entendrez soupirer qu’ils préfèrent la mer.

Ceux-là ont un secret bien gardé. Lorsqu'ils pleurent, ils savent que du bout de la langue ou du doigt, ils peuvent cueillir quelques gouttes d’eau salée venues de leur mer intérieure. Les Autres pas.




























dimanche 11 mars 2018

Chevaucher la vie...

Massif du Pelvoux - photo fabian da costa





Chevaucher la vie comme un indien des plaines chevauche son cheval - ni selle ni étriers, et encore moins de cravache.

La tenir ferme entre les genoux, ni trop ni trop peu. Suivre la courbe du chemin, le sens du vent, l'odeur de la terre.

Chevaucher comme un indien des plaines et ne faire qu'un avec le rythme du temps, jusqu'au bout de l'horizon, là-bas où l'on ne sait pas, où l'on ne sait plus.

samedi 3 mars 2018

Il est grand temps de rallumer les étoiles

Etoiles de Noël au Kérala - photo fabian da costa



Les étoiles mouraient dans ce beau ciel d'automne
Comme la mémoire s'éteint dans le cerveau
De ces pauvres vieillards qui tentent de se souvenir

Nous étions là mourant de la mort des étoiles
Et sur le front ténébreux aux livides lueurs
Nous ne savions plus que dire avec désespoir 

ILS ONT MÊME ASSASSINÉ LES CONSTELLATIONS 

Mais une grande voix venue d'un mégaphone
Dont le pavillon sortait
De je ne sais quel unanime poste de commandement
La voix du capitaine inconnu qui nous sauve toujours cria

IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ÉTOILES

guillaume Apollinaire, 1917