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vendredi 2 décembre 2016

Carnets anciens...

Le Lorrain - Port de mer au soleil couchant



Comme je partirais bien sur ces navires gréés
dans l'or des ciels du Lorrain.
A quai, mais déjà en partance
dans un couchant radieux.
 Il y a des hommes graves 
et des femmes qui passent.
Des palais et des places 
dans les brumes du soir.

Je partirais mon amour bien avant toi.
Des siècles précédant tes pas.
Pour t'attendre là-bas où je n'étais pas.

Et je serai la première pierre sur laquelle tu marcheras,
l'eau que tu boiras,
et la fleur que tu prendras.


jeudi 20 octobre 2016

Comme une lumière dans la nuit...




Dans le vieux Lyon, rue Saint-Jean pour ne rien vous cacher, se trouve un lieu de perdition. La librairie d'occasion " Diogène ". Voici presque deux ans que furetant dans le rayon Asie, je tombe sur ce gros livre qui me tente et me retente. Son prix un peu plus élevé que ce que je souhaitais m'en a fait retarder l'achat à chaque fois. Jusqu'à notre dernière visite - car enfin, il était toujours là - pour moi, ou du moins ais-je enfin réussi à m'en persuader. 

Je n'ai pas regretté mon achat : sont rassemblés dans cet ouvrage de 1928, des textes inédits des grands penseurs indiens qui ont marqués la littérature et la vie sociale et politique de l'Inde, encore sous le joug anglais. 

Ce matin je l'ouvre délicatement à la première page - le magnifique papier ivoire demande délicatesse et précaution - et je lis le message d'introduction écrit par le Mahatma Gandhi.

" La plus grande contribution que L'Inde puisse apporter à la somme du bonheur humain, c'est de parvenir à sa liberté par des moyens pacifiques et loyaux. Pareille chose arrivera-t-elle jamais, c'est plus qu'on ne peut le dire. En vérité les apparences contrediraient cette croyance. Néanmoins, ma foi en l'avenir de l'humanité est si grande que je ne peux faire autrement que croire que l'Inde obtiendra sa liberté seulement par des moyens pacifiques et loyaux, et par nuls autres. 
Puissent donc tous ceux qui partagent ma croyance aider l'Inde à atteindre cette suprême consommation ! "
Ashram, Sabarmati, 7 juillet 1926 ( Traduit par Madeleine Rolland )

En 1926 Gandhi a 57 ans, il vient depuis peu d'être libéré des prisons anglaises pour raison de santé. Ses campagnes de non violence ont déjà fait naître dans l'Inde une grande espérance. Et pourtant, la force de l'occupation anglaise semble écraser les foules indiennes de pauvres gens, conduites par ce petit homme maigre, presque nu. Au milieu de malheurs innombrables, dont la partition entre l'Inde et le Pakistan n'est pas la moindre, les anglais se retirent et l'Inde devient indépendante en 1947.
Un an plus tard Gandhi est assassiné par un fanatique hindou. Mais au-delà des soubresauts politiques, des luttes sanglantes qui agitèrent l'Inde longtemps encore, sa volonté de paix et de non violence a triomphé des armes. 
J'ai lu ce texte ce matin, après avoir écouté les nouvelles toujours catastrophiques, toujours anxiogènes, que tous nos médias dispensent chaque jour. Et j'ai pensé qu'il était bon de le partager  comme une lumière dans la nuit qui nous oppresse.

mercredi 19 octobre 2016

A visiter...A découvrir



https://www.artphotolimited.com/galerie-photo/fabian-dacosta#description

lundi 10 octobre 2016

Je n'ai pas vu le grand cerf dans la forêt

 
 Quelque part dans le Vercors




Et oui, je n'ai pas vu le grand cerf qui brame dans la forêt. Malgré un réveil plus que matinal, vêtue de plusieurs couches de vêtements, munie d'un thermos de thé chaud et de quelques biscuits, malgré quelques heures de marche, je n'ai pas vu de cerfs.

Ce que j'ai vu alors ? J'ai entrevu dans le brouillard laiteux d'un matin d'automne, des arbres fantômes, des sentiers mystérieux qui s'enfonçaient sous des voûtes de feuillages vers un ailleurs de rêve. 

J'ai vu également, et cela sans peine aucune, des porteurs de superbes télé objectifs, l'air concentré et grognon, qui eux non plus ne voyaient pas le grand cerf. Personne ne l'a vu : la faute au brouillard bien entendu. Ne répétez pas ce que je vous dis-là - cela ne m'a pas déplu.  

Mais je l'ai entendu bramer dans la forêt, le grand cerf que tout le monde attendait. De ce son puissant et rauque, celui qui appelle la biche, qui la charme, la convoque pour perpétuer la vie, pour que l'an prochain il y ait encore des cerfs majestueux, des biches craintives, et des photographes derrière leurs objectifs.

Je ne l'ai pas vu, ni lui ni aucun autre, mais je sais qu'ils étaient là, occupés de leurs amours, de leur combats, de leurs conquêtes. Vraiment, est-ce que cela nous regarde ?



vendredi 8 juillet 2016

Pour Edouard Boubat


Edouard Boubat - Le paravent - 1976



    Lumière de ce jeune amour que je n'ai pas su voir. Tu m'avais dit : - je m'appelle Maria-Luz et je suis espagnole. C'est ainsi que j'ai appris à la terrasse d'un café que toutes les espagnoles ne sont pas brunes, mais que presque toutes se nomment Maria.

    L'amour était facile en ce temps-là. J'ai vu que je te plaisais et cela ne m'a pas surpris. Sans orgueil, je savais que les filles tombaient facilement dans mes bras. Elles me quittaient tout aussi facilement d'ailleurs. Chacune d'elle était une bulle légère qui venait jusqu'à moi. je la frôlais du bout des doigts, et quand elle disparaissait je n'en avais aucune peine, sachant qu'une autre la remplacerait.

    Tu es venue ainsi et je ne m'en étonnais pas. Je trouvais normal de t'avoir près de moi quand je le voulais, dans mon lit quand je te désirais. Je te croyais silencieuse par manque d'idées, rieuse par gaité naturelle, respectueuse de ma liberté par absence de jalousie. Je pensais surtout que je t'éblouissais. Paris avec toi dansait sous nos pieds et nous dansions beaucoup.

    L'amitié aussi m'était facile. Les routes se croisaient et s'éloignaient sans heurts. Comme en amour, j'accueillais l'ami qui se présentait, comme en amour je ne faisais rien pour le retenir. Celui-là qui venait vers nous en évitant souplement les danseurs, avait quitté mon chemin depuis des mois. Je le retrouvais inchangé - nonchalant et toujours aux aguets comme un grand chat dont il avait le pas et les moustaches.  Vivement, il a regardé ta bouche, tes yeux et ton corps, en homme qui sait voir les femmes. Je me suis dit qu'il allait de demander de poser pour lui. Il l'a fait. Tu as accepté. Je n'y ai plus pensé. Je n'étais pas jaloux.

    Plusieurs semaines après, lorsque tu m'as dit - Je suis allée posée chez ton ami photographe, j'ai plaisanté - Il t'a photographiée nue bien sûr. Tu as répondu - Non, seulement mes cheveux. Et tu as ajouté un peu plus bas. - C'est drôle que vous soyez amis, vous ne vous ressemblez pas.

    je ne saurais même pas raconter comment tu m'as quitté. Un rendez-vous manqué, un téléphone qu'on ne rappelle pas, une habitude qui s'éloigne. Il y en eu bien d'autres après toi, et ma vie comme je la voulais - à la surface du monde, à la frange des êtres. Jusqu'à ce jour devant la table d'un bouquiniste où je feuilletais un livre de photo.

    Moi, pauvre aveugle, je t'ai vu entre les pages, pour la première fois. J'en ai pris, ma Lumière, plein le coeur, plein ma vie que je croyais vide de tout autre que moi. Je suis allé m'asseoir sur un banc et j'ai fermé les yeux. Alors tout est venu comme une grande vague qui m'a emplie de toi.

    Car je savais tout - l'escalier étroit que tu as grimpé jusque chez-lui - la lumière qui se promène à travers la baie de son atelier - ses mains qui bougent tout le temps, et son sourire comme un filet jeté sur les enfants, les femmes, les oiseaux ou les anges, ce qui est la même chose. 

    Tu as déversé ta chevelure sur les fleurs de son paravent chinois - pourquoi donnée à lui et pas à moi, cette plénitude de toi. Tes cheveux dans le soleil ont l'odeur de la vanille - je ne m'en souvenais plus. Comment ais-je pu supporter ton absence à mes côtés ? Pourquoi n'ais-je pas senti, inexorable, l'ombre qui m'envahissait ?

    Je prenais l'allégresse qui me soulevait à chaque nouvelle rencontre pour un nouvel amour, et toute découverte m'était une passion. Mais alors, que vient-il de surgir ici qui me brise et me navre ? Il ne s'agit plus de l'amour léger, frais comme un verre d'eau pour la soif de l'été. C'est un amour pavot, rouge sang, rouge nuit. C'est un amour poison où je veux m'endormir. Dormir dans tes cheveux Luz.

    On ne meurt pas d'amour - enfin, pas toujours - et je n'en mourrai pas, c'est certain. Je n'ai pas acheté le livre - ni celui-là, ni un autre. J'attends de te retrouver ainsi révélée, au secret d'une page. J'ai choisi de souffrir par surprise. Je veux que la douleur me transperce sans que je puisse m'en défendre. Je désire être foudroyé par ton image, consumé, dévasté. 
Pour avoir oublié de t'aimer.

Anne da Costa

   

 

    


jeudi 21 avril 2016

Patmos







Voilà que nous partons là-bas accompagnés du poème d'Hölderlin, pour ramener des images et des impressions.
à bientôt





" Mais bruissent autour des portes de l’Asie
S’étirant ça et là
Dans la plaine marine incertaine
Bien assez de routes sans ombre,
Cependant il connaît les Îles, le marin.
Et comme j’entendis
Que l’une des proches
Était Patmos,
Me prit le très fort désir
D’y aborder et d’y
Approcher la grotte obscure.
Car ce n’est pas, telle que Chypre
La riche en sources, ou
L’une des autres,
Avec magnificence que réside Patmos,


Ainsi prit-elle soin
Jadis du bien-aimé de Dieu,
Du Voyant qui dans une heureuse adolescence était

Parti avec
Le Fils du Très-Haut, inséparable, car
Il aimait, le porteur d’orages, la candeur
De l’adolescent et il voyait, l’homme attentif,
Le visage de Dieu exactement, "

(Friedrich Hölderlin, traduction française de Patrick Guillot du poème « Patmos»)

samedi 9 avril 2016

Sauver le monde ?

Coplet - Saint-Jean-en-Royans - photo anne da costa



N'essayez pas de sauver le monde ou de faire 
quelque chose de grandiose.
Aménagez plutôt une clairière dans la forêt de
votre vie, et attendez patiemment que votre propre 
musique sonne au creux de vos mains,
Reconnaissez-là - accueillez-là.
C'est à ce moment seulement que vous saurez
comment vous offrir à ce monde qui mérite tant
d'être secouru.

Martha Postlewaite - Version française Michèle Le Clech - Nelly Delambily

Sur le blog " carnets de rêves " que je ne saurais trop recommander à tous ceux qui se passionnent pour cette dimension nocturne de nos vies.