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lundi 31 octobre 2011

Entre-deux

fabian da costa © photographe




L'art de l'entre-deux est un art délicat. Pour certains néanmoins, il peut relever du don naturel et spontané. J'ai la faiblesse de penser que je suis de ceux-là : j'argumente.



Quand dès la naissance on ne peut s'appeler Désirée, quand les premiers mois de la vie se passent à illustrer grandeur nature l'expression " je lui ai refilé le bébé ", la capacité de se faufiler dans l'entre-deux s'épanouie comme champignon après la pluie.



On découvre tout d'abord l'entre-deux mers d'être entre deux mères – celle d'avant qu'on ne connaîtra plus, et celle d'après. On s'y fait vite, on apprend ce qu'il faut dire et ce qu'il faut taire, ce qu'il faut montrer et ce qu'il faut cacher. C'est ainsi que l'on commence à pratiquer l'art subtil de l'entre-deux, ce lieu magique où se tenir à l'abri.



Mais parce qu'il faut bien grandir malgré tout, se frotter au monde et à ses habitants, il devient nécessaire  d'agrandir son entre-deux, de l'aménager, de le meubler. On se fait un entre-deux de rêves secrets, qu'on augmente ensuite de l'entre-deux des amis, puis des amours imaginaires. On peut y ajouter celui des songes éveillés, et s'il reste de la place on y invitera encore tout ce qui peut entourer, protéger, isoler. De là il est possible presque sans danger, de regarder la vie.



Ce n'est pas courageux de trop rester dans cet entre-deux ? Certes – et pourtant j'en connais de merveilleux. Celui du sac et du ressac sur une plage d'enfance, où l'instant le plus important est dans l'infime suspension qui les partage. Celui encore qui s'installe entre mon inspir et mon expir, des milliers de fois recommencé sans que je m'en rende compte. Mais l'entre-deux le plus beau est sans conteste celui qui vient par merveille, quand  cessent enfin les pensées, et qu'advient le profond et trop bref silence entre leurs flots incessants.







 

samedi 29 octobre 2011

La Trame des jours

fabian da costa © photographe




Toute fenêtre est magique qui s'ouvre à la lumière et se ferme sur l'ombre.

Toute fenêtre donne envie d'aller voir derrière le secret, 

qui là-bas sous le rideau palpite.


dimanche 23 octobre 2011

La Trame des jours

fabian da costa © photographe

Nostalgie



     Voilà qu'ils ont grandi, ceux-là que nous avions tenu, les mains posées sur notre ventre ; petites bêtes rondes et remuantes.

    Ceux-là que nous avons monté doucement, maille à maille, comme les petits tricots que nous leur préparions.Tricoter une brassière - tricoter un enfant, une femme peut vous faire tout ça en même temps.

    Bien sûr, nous le savions, que les enfants grandissent. Qu'ils se déploient lentement, qu'ils s'enroulent, jeunes glycines, de nos genoux à notre taille. Ils nous monteront d'abord jusqu'à l'épaule, avant de nous regarder, là, dans les yeux, sans plus avoir besoin de lever les leurs.

     Tout nous le disait, tout nous l'apprenait. Les manches du chandail qui fuient loin des poignets, le bas du pantalon, qui s'éloigne horrifié du plancher, la chaussure trop petite et à peine achetée.

    Nous sommes prévenus, avertis, mis en garde, et pourtant désarmés. Car c'est léger comme la main du vent, le soir après les chaleurs de juillet. Fugace comme la course des nuages sur les grands champs de blé.

      C'est l'impalpable instant où le visage change. Une lumière qui soudain efface les rondeurs de l'enfance, pour éclairer, subite et d'abord passagère, cet inconnu qui vient au monde.       
     
      Voilà qu'ils ont grandi - mais çà, on le savait. Ce qu'on ne savait pas, ce que l'on n'apprend pas,c'est la vive douleur de l'invisible fil plus fin que le rasoir,qui tranche entre eux et nous, une indispensable frontière.

vendredi 7 octobre 2011

Vercopoème VII


photo© fabian da costa

Nuages


Ils écrivent dans le ciel,

d'une plume légère et floconneuse,

les cartes du temps, les routes des grands espaces.



Imagine-t-on, un ciel pur infiniment,

sans un de ces points d'orgue,

blanc, sur un sommet.