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samedi 26 février 2011

Perfection...


photo©fabian da costa

" le pachyderme Monde, qui hibernait, secoue sa torpeur et se redresse, met debout son immensité ... "
Steve Jourdain, Cette vie m’aime

Jamais nulle part ailleurs qu'en Inde, je n'ai connu ces moments d'intense présence, de plénitude si totale qu'il n'y avait rien à en retrancher ou à en ajouter. Rien, absolument rien - tout était parfait dans un présent absolu. Et chose plus stupéfiante encore, j'étais moi-même parfaite dans cette perfection, accordée dans l'harmonie la plus exacte, unie par toutes mes cellules à l'Univers.

Et ces instants bénis, ne sont pas venus uniquement dans des lieux ou des moments exceptionnels. Je les ai vécus au milieu des  pires embouteillages, dans des banlieues sans grâce, sur des routes défoncées, parmi les hurlements des klaxons indiens plus virulents que n'importe quelle bactérie. Ils m'ont saisi aussi il est vrai, devant un regard profond et pénétrant, à l'entrée d'un temple où les colonnes semblaient vibrer d'une vie propre, dans le frémissement particulier qui accompagne la descente du jour, à travers la musique légère des bracelets de chevilles des jeunes filles qui venaient le matin à la fontaine, sous mes fenêtres.

Je sais que je suis loin d'être la seule à vivre cette expérience en Inde – mais ce qui m'interroge, ce qui me laisse un peu triste et perplexe, c'est de ne pas pouvoir trouver cette intensité de vie, ici, chez-moi. Et je n'en accuse personne d'autre que moi-même, aussi lourde que " ce vieux pachyderme Monde ", ce pachyderme qui en moi sommeille, et ne parvient pas à sortir de sa torpeur.

Et si je devais émettre un souhait, un vœux, ce serait d'être capable de cette ouverture, de cet éveil au monde quotidien qui est le mien, là où je vis, là où je suis. Que chaque chose connue me soit nouvelle, que chaque rencontre habituelle devienne exceptionnelle. Je sais que cela ne dépend que de moi, que de la qualité de mon regard, que du désir de mon cœur….Quel travail…A moins qu'il n'y ait  rien d'autre à faire que d'être tout simplement…le plus difficile évidemment.






 





jeudi 24 février 2011

Un printemps de fleur et de sang


Ce fut d'abord un printemps de fleur, un printemps que nous avons tous voulu croire parfumé de jasmin. Et ce parfum - là n'a cessé depuis des semaines de se répandre de pays en pays, franchissant les frontières, apportant avec lui une fragrance aussi légère que tenace.



Car le jasmin est ainsi, fait de petites fleurs blanches peu extraordinaires, mais au parfum entêtant, enivrant. Aujourd'hui ce parfum se nomme Liberté et son prix est juste celui du sang.  Celui du sang versé par des centaines d'hommes qui veulent enfin le respirer, en vivre, le partager avec leurs enfant et les enfants de leurs enfants. 

Il sera bien difficile maintenant de penser au jasmin, sans se souvenir des flots, des bains de sang qui ont arrosé ces terres, pour qu'enfin il fleurisse libre au milieu d'hommes libres.

Et le moins que nous puissions faire en hommage à tous ceux –là, n'est –ce pas de vivre, nous qui nous disons libres et qui le sommes en fait, de vivre le plus juste, le plus éveillés possible. Nous sommes responsables de cette liberté qui est la nôtre – comme il serait bon de la mettre au service de l'amour, de la justice. Simplement pour ne pas avoir honte devant une branche de jasmin.


samedi 12 février 2011

Dangereuse la Liberté ?

photo © fabian da costa



      C'est tout de même un murmure qui bruit, un soupçon qui s'infiltre depuis quelques temps, un doute savamment distillé au fil des jours extraordinaires qui viennent de s'écouler.

      La liberté serait à tout prendre plus dangereuse pour certains que pour d'autres. Par exemple en ce moment, pour ces foules arabes qui se libèrent de leurs dictateurs et qui sont jugées par un Occident prétentieux, incapables de gérer leur avenir et de choisir la démocratie.

      Oui c'est vrai, la liberté est dangereuse puisqu'elle donne à chacun la possibilité de se tromper. Il est tout de même bien plus rassurant de remettre aveuglément son sort entre les mains de ceux qui savent quel est le meilleur choix de vie, de société, de religion.

     C'est bien vrai qu'il y aurait moins de danger pour la société établie, si les peuples ne votaient pas, si les femmes ne parlaient pas, si les enfants obéissaient sans questions, si les croyants avaient toujours peur de Dieu. Ceux qui savent pour les autres, les chefs, les vrais hommes, le clergé, auraient toujours la vie belle et tranquille. Et bien non, oh divine surprise…les peuples se révoltent, les femmes sortent dans les rues en criant de colère et de joie, les enfants veulent savoir le pourquoi du comment, les fidèles découvrent le divin dans leur cœur, dans les yeux de leurs frères, au-delà des dogmes et des Eglises.

     Être libre est dangereux, comme naître, aimer, vivre, est dangereux. Comme tout ce qui est beau, tout ce qui fleurit un matin et va mourir le soir même, comme ce miracle incroyable de notre présence ici, où rien ne pourra me convaincre qu'il nous est demandé d'avancer les yeux bandés, entravés des chaînes de l'esclavage, le plus confortable soit-il.

mercredi 9 février 2011

A mes ancêtres

Ayers Rock. Australie

 
     A mes ancêtres qui habitent peut-être là où rêvent les fourmis vertes
  
Non, ne vous offensez pas de ces terres, où je marche aveugle et les mains tendues en avant pour ne pas me heurter à ce que j'ignore, à ce que je redoute.
 Je vous cherche partout et c'est pour cela que j'erre de lieux en visages, de questions en silence. Mais à qui d'autres qu'à vous pourrais-je dédier cette quête ? Puisque seules me sont permises les terres du rêve, c’est sur elles que je vais m’avancer comme dans un pays inconnu que je découvre à chaque pas.
        J'irai là où rêvent les fourmis vertes. Pays de bonheur que celui où les hommes se soucient de protéger le rêve des fourmis. Terre primordiale et sacrée où les ancêtres laissent des traces qui se révèlent dans le sommeil, sur le flanc d'une montagne, sur le rocher, sur le sol rouge, craquelé et fendu. Est-il possible que là seulement les rêves puissent venir jusqu'au cœur des hommes et leur apprendre le secret des choses, la vérité du monde.
Moi aussi je m'allonge sur cette terre d'ombre que vous m'avez laissée, sur cette part obscure qui est la mienne et que je revendique. De cela seulement je peux être certaine - personne ne viendra me dire de partir d'ici. Qui d'autre que moi voudrait habiter ces territoires instables, fuyants, ces lieux indistincts où pour mieux voir, je dois fermer les yeux.   
Je m'allonge et je cherche ce sommeil étrange qui ne vient qu'en plein jour, d'où je ne veux jamais vraiment me réveiller, cette fausse absence où je suis chaque fois plus présente.
Extrait de  " 0n dit que les orchidées...Opus 2 " work in progress

vendredi 4 février 2011

Matin







Dans le bol de céramique bleu ocellé, j'ai bu un thé vert où se baignait le ciel bleu aussi, et les feuilles de la vigne de la tonnelle qui se balançaient sous le vent.

Le café opaque est noir, épais comme la nuit qu'il doit combattre. Le café est sauvage, violent, profond et insondable. Le thé dans le bol bleu, constellé de lunules marines, est doré, transparent. Boisson plus divine qu'humaine qui ouvre une porte d'ambre sur l'éveil. Pourtant je le sais, je me tourne plus volontiers vers le sombre et le violent, que vers l'autre, léger, mais tout aussi puissant. Je me dis souvent que le jour où je le préfèrerai j'aurai peut-être fait un pas sur un nouveau territoire.



jeudi 3 février 2011

Enfants de personne





On dit que…

 …les orchidées grimpent au sommet des arbres géants, et quand elles arrivent tout à fait en haut, elles jettent leurs racines dans l’air, elles se nourrissent des nuages et du soleil. Et pour survivre là-haut sans terre, elles se dépouillent d’elles-mêmes, et la racine leur sert en même temps de tige, de feuille et de fleur…
 « Le meurtre de Kyralessa – Virgil Gheorghiu »


            Le titre de ce blog n'est pas choisi au hasard - il est celui d'un livre que j'ai écrit voici dix ans déjà, un livre qui racontait la douleur d'être née sous X et de ne pas avoir le droit de connaître ses racines. L'image des orchidées, découverte dans le très beau livre de Gheorghiu, m'avait donné l'impulsion nécessaire à ce travail, à cet accouchement douloureux et libérateur. Oui, je me suis sentie pareille à ces fleurs qui n'ont d'autre choix pour survivre que de se hisser vers le ciel, vers la lumière, et d'y puiser la vie. Qui n'ont d'autre solution pour grandir, que d'être à elle seule, racine, tige et feuille.
            Car la société n'est pas tendre avec nous. Elle protège par le secret et l'anonymat les mères, ces mères de l'ombre, et fait de nous des enfants de personne. L'adoption ne change rien à cela, si ce n'est que dans les meilleurs des cas, elle met de l'amour sur le vide, de la tendresse sur l'abandon.
            2002 voit une légère avancée de cette pratique – l'accouchement sous X n'est pas supprimé, mais les femmes qui le désirent peuvent confier au Conseil national d'accès aux origines personnelles, le Cnaop, les origines de l'enfant et les circonstances de sa naissance. A 16 ans, si l'enfant le demande, la mère peut autoriser l'accès à ces informations, elle peut aussi le refuser. Chaque année, 600 enfants naissent sous X et nous sommes à peu près 400.000 en France.
            Aujourd'hui la députée UMP Brigitte Barèges, présentera les conclusions d'une mission parlementaire sur " l'accouchement dans le secret ".  Cette nouvelle mouture de la loi, pourrait permettre de supprimer l'actuel accouchement dans l'anonymat et de le remplacer par un accouchement secret. Plus rien ne s'opposerait alors à ce que dans un accord mutuel mère et enfant puissent se retrouver. La France, l'Italie et le Luxembourg, sont les derniers pays européens à appliquer la loi de l'anonymat absolu promulguée chez-nous par le gouvernement de Vichy en 1941.
            S'il est normal d'avoir voulu protéger les mères souvent obligées d'abandonner leurs enfants, pourquoi ne pas réfléchir davantage à la détresse de ceux qui sont privés de leur histoire, de leur racine, de leur passé.
            Aujourd'hui je commence " Les Orchidées…Opus 2 ". Pour parler de résilience, d'espoir, de guérison et de lumière, mais aussi de justice et d'équité.