Les textes qui sont publiés sur ce blog sont ma propriété, les photos sont soit les miennes, soit sous le copyright fabian da costa photographe. Sauf indications de sources de ma part. Merci de ne pas les utiliser sans mon autorisation.

jeudi 29 décembre 2011

Pour l'an nouveau, El duende

photo fabian da costa
Julie Mansion au Forum Terre du Ciel, novembre 2011



Et le duende...où est le duende ?
A travers l'arche vide passe un vent de l'esprit...
à la recherche de nouveaux paysages
et d'accents ignorés...
qui annonce le baptême permanent des choses fraîchement créées.

Federico Garcia Lorca
Juego y teoria del duende

A tous, que le vent de l'esprit souffle et vous entraîne vers des terres toujours nouvelles.
 

mercredi 28 décembre 2011

Ecritures




Faire du Gris

Ecoutant voici quelques jours une émission à la radio sur l'édition, les livres et les revues, j'ai enfin compris, découvert, une vérité que je soupçonnais sans parvenir à la faire venir au jour.

Des graphistes, charmants au demeurant, expliquaient que dans leur jargon de métier, un livre de textes et d'images, se mettait en pages en planifiant tout d'abord les illustrations, puis en calculant l'espace accordé à ce qu'ils nommaient " le gris ".

Ce fameux gris n'est autre que le texte pondu par de pauvres tâcherons, dont j'ai fait partie, et qui se sont en général appliqués à écrire sur un sujet de commande certes et en général, mais avec tout leur cœur et éventuellement un peu de talent.

Ce gris n'est pas lu pour la plupart du temps, sauf lorsque le texte est l'œuvre d'un écrivain célèbre, ce gris ne sert en fait que de faire valoir aux illustrations. Et bien voilà que j'ai envie aujourd'hui de rendre hommage à tous les faiseurs de gris, scribouillards de petite main, nègres de toutes les couleurs.

Ces jours de fêtes sont propices aux cadeaux de beaux livres. Alors je vous en prie, même si la plume qui accompagne les magnifiques illustrations n'est pas de haute naissance, lisez un peu du gris qui a coûté de la matière grise au pauvre écrivaillon qui l'a barbouillé.

Et puis une dernière réflexion qui me vient : il y a encore pire que d'écrire  du gris, c'est écrire du blanc. A savoir écrire pour rien ni pour personne.


samedi 17 décembre 2011

SOS

Blogers mes frères help...je ne m'y retrouve plus dans la nouvelle présentation " conception ". Comment atteindre le tableau de bord et les modifications.

Oui, c'est vrai je suis carrément cruche.
Merci d'avance

mardi 13 décembre 2011

Etoiles





Le compas céleste danse dans la nuit,
la pointe sur le coeur de l'homme endormi.

vendredi 25 novembre 2011

Mousson

      
photo © fabian da costa


            On connaît sa réputation, mais tant que l'on ne l'a pas soi-même vécue, il est difficile de s'en faire une juste idée. Il y eut une année où des impératifs professionnels nous ont conduit au Kérala alors qu'elle n'était pas encore terminée.

Déjà à l'approche des côtes kéralaises, les turbulences et les vibrations de notre avion nous avaient appris que ce séjour nous réservait quelques surprises. Nos amis et collègues indiens se sont étonnés de nous voir arriver à cette période et qui plus est en pleine épidémie de chikungunya, mais nous n'avions pas le choix.



Le pire était passé, semblait-il, tant pour la mousson que pour le chinkungunya. L'une laissait dans les rues des ruisseaux boueux sans cesse renouvelés, l'autre avait envoyé nombre de nos amis et de leurs familles à l'hôpital.



Nous avons donc appris à regarder le ciel pour voir arriver les nuages porteurs de trombes d'eau tiède, dont rien, pas le moindre imperméable, pas le plus grand parapluie ne peut protéger. Nous avons couru, pantalons retroussés nous réfugier dans la première boutique ouverte, compris pourquoi les bus et les rickshaws s'ornaient de bâches de couleurs et d'âges variables, pataugé dans une bouillasse couleur…enfin, vous voyez ce que je veux dire…



C'est donc un de ces jours-là, dans la grande artère d'Ernakulam, tapie dans un rickshaw aux portières largement déchirées, que je vis passer voguant au fil de l'eau qui  dévalait la rue, trois corbeaux, majestueusement installés sur un gros sac poubelle que le courant emportait avec lui. Ils nous doublèrent fièrement sur la droite, nous sommes en Inde, sans klaxonner, ce qui n'est pas normal dans ce pays.



J'avoue que lorsque les nouvelles du monde me donne le blues, je m'offre un fou-rire, en repensant à mes corbacs si dignes sur leur sac poubelle, filant à toute allure sur une eau particulièrement sale, vers un avenir incertain…je me permets même d'y voir comme une vague similitude avec pas mal d'humains aujourd'hui, et je ne m'exclue pas du nombre.












jeudi 17 novembre 2011

Publicité





Et oui, " vu à la TV ", voilà qu'une publicité pour une agence de voyage vient d'illuminer mon esprit et de me faire comprendre ce que je ressentais depuis longtemps et de plus en plus fort, sans parvenir à me l'expliquer.

Donc, dans cette fameuse publicité, on voit une femme, de dos, qui rêve devant une belle image du Maroc, et vient alors la phrase illuminatrice : " Ce n'est pas vous qui voyagez, c'est le pays qui voyage en vous. "

C'était donc ça : le pays qui voyage en moi ce n'est pas le Maroc, c'est l'Inde. Cette sensation d'être toujours pleine d'images, de visages, d'odeurs – être traversée par tout cela qui revient si précisément, au-delà du souvenir, c'est donc l'Inde qui voyage en moi et dont la nostalgie me mets les larmes aux yeux.
 
Quelqu'un a-t-il un remède, à part un billet d'avion, ce qui n'est pas à l'ordre du jour actuellement ?

lundi 31 octobre 2011

Entre-deux

fabian da costa © photographe




L'art de l'entre-deux est un art délicat. Pour certains néanmoins, il peut relever du don naturel et spontané. J'ai la faiblesse de penser que je suis de ceux-là : j'argumente.



Quand dès la naissance on ne peut s'appeler Désirée, quand les premiers mois de la vie se passent à illustrer grandeur nature l'expression " je lui ai refilé le bébé ", la capacité de se faufiler dans l'entre-deux s'épanouie comme champignon après la pluie.



On découvre tout d'abord l'entre-deux mers d'être entre deux mères – celle d'avant qu'on ne connaîtra plus, et celle d'après. On s'y fait vite, on apprend ce qu'il faut dire et ce qu'il faut taire, ce qu'il faut montrer et ce qu'il faut cacher. C'est ainsi que l'on commence à pratiquer l'art subtil de l'entre-deux, ce lieu magique où se tenir à l'abri.



Mais parce qu'il faut bien grandir malgré tout, se frotter au monde et à ses habitants, il devient nécessaire  d'agrandir son entre-deux, de l'aménager, de le meubler. On se fait un entre-deux de rêves secrets, qu'on augmente ensuite de l'entre-deux des amis, puis des amours imaginaires. On peut y ajouter celui des songes éveillés, et s'il reste de la place on y invitera encore tout ce qui peut entourer, protéger, isoler. De là il est possible presque sans danger, de regarder la vie.



Ce n'est pas courageux de trop rester dans cet entre-deux ? Certes – et pourtant j'en connais de merveilleux. Celui du sac et du ressac sur une plage d'enfance, où l'instant le plus important est dans l'infime suspension qui les partage. Celui encore qui s'installe entre mon inspir et mon expir, des milliers de fois recommencé sans que je m'en rende compte. Mais l'entre-deux le plus beau est sans conteste celui qui vient par merveille, quand  cessent enfin les pensées, et qu'advient le profond et trop bref silence entre leurs flots incessants.







 

samedi 29 octobre 2011

La Trame des jours

fabian da costa © photographe




Toute fenêtre est magique qui s'ouvre à la lumière et se ferme sur l'ombre.

Toute fenêtre donne envie d'aller voir derrière le secret, 

qui là-bas sous le rideau palpite.


dimanche 23 octobre 2011

La Trame des jours

fabian da costa © photographe

Nostalgie



     Voilà qu'ils ont grandi, ceux-là que nous avions tenu, les mains posées sur notre ventre ; petites bêtes rondes et remuantes.

    Ceux-là que nous avons monté doucement, maille à maille, comme les petits tricots que nous leur préparions.Tricoter une brassière - tricoter un enfant, une femme peut vous faire tout ça en même temps.

    Bien sûr, nous le savions, que les enfants grandissent. Qu'ils se déploient lentement, qu'ils s'enroulent, jeunes glycines, de nos genoux à notre taille. Ils nous monteront d'abord jusqu'à l'épaule, avant de nous regarder, là, dans les yeux, sans plus avoir besoin de lever les leurs.

     Tout nous le disait, tout nous l'apprenait. Les manches du chandail qui fuient loin des poignets, le bas du pantalon, qui s'éloigne horrifié du plancher, la chaussure trop petite et à peine achetée.

    Nous sommes prévenus, avertis, mis en garde, et pourtant désarmés. Car c'est léger comme la main du vent, le soir après les chaleurs de juillet. Fugace comme la course des nuages sur les grands champs de blé.

      C'est l'impalpable instant où le visage change. Une lumière qui soudain efface les rondeurs de l'enfance, pour éclairer, subite et d'abord passagère, cet inconnu qui vient au monde.       
     
      Voilà qu'ils ont grandi - mais çà, on le savait. Ce qu'on ne savait pas, ce que l'on n'apprend pas,c'est la vive douleur de l'invisible fil plus fin que le rasoir,qui tranche entre eux et nous, une indispensable frontière.

vendredi 7 octobre 2011

Vercopoème VII


photo© fabian da costa

Nuages


Ils écrivent dans le ciel,

d'une plume légère et floconneuse,

les cartes du temps, les routes des grands espaces.



Imagine-t-on, un ciel pur infiniment,

sans un de ces points d'orgue,

blanc, sur un sommet.




 


lundi 26 septembre 2011

Mélancholia


 

Mélancholia, tu as dans tes yeux violets de tendres algues qui dérivent au fil de leurs reflets.

Mélancholia je t'aime et je te rends visite le soir, quand la lumière faiblit et que vient la nuit à pas gris et silencieux.

Mélancholia tu es un doux poison, un pernicieux plaisir dont je sais l'usage et le danger.

Mélancholia, je me couche dans tes bras de soie, tes larmes ont le goût des chagrins d'enfant, tu te parfumes des bonheurs enfuis, des voix oubliées, des espérances meurtries.

Tu es mon aimée et je me méfie de toi, comme l'amant de l'amante dont il sait le pouvoir.

Mélancholia, toute pareille aux eaux calmes et claires d'un lac sous la lune, je m'arrache à toi, cesse de m'enlacer.

lundi 19 septembre 2011

Mais laissez-nous au moins la part des Anges

photo © fabian da costa


 La part des anges, ce miracle alchimique, cette vapeur subtile qui s'échappe des fûts d'alcool, dans les caves aux murs noircis par cette invisible buée.

La part des anges, ce n'est après tout que l'essence de l'être, offerte et en apparence perdue, qui doit s'évaporer pour que de cette perte naisse l'essentiel.

Sans doute parce que je suis née à Bordeaux dans le quartier des Chartrons, entre un fabricant de caisse à bouteilles et un chaix rempli de fûts sonores, tout ce qui se rapporte au vin résonne et me fait rêver à une enfance envolée.

Mais lorsqu'en moi sont venus sans raison apparente, ces mots : " Mais laissez-nous au moins la part des anges. " J'ai su tout de suite qu'il s'agissait d'autre chose encore. Quelque chose de si intime que j'ai mis quelque temps pour cela advienne, et un peu plus encore à l'écrire.

A bien regarder cette émotion qui se levait, j'ai vu qu'elle me parlait de cette part la plus secrète, la plus cachée de l'âme, qu'elle venait de ce lieu où nous-même avons tant de peine à aller. Là se tient, extrêmement fragile, ce qu'un souffle peut briser, une parole blesser. La part des anges qui revient à chacun est peut-être là, dans la caverne du cœur, impossible à nommer. Et pourtant, qu'un geste, une blessure l'atteigne, et nous voilà blessé, atteint.

Oui, laissez-nous cette part, nous voulons l'offrir aux Anges et seulement à eux, ces messagers soyeux, nos frères.
 



samedi 17 septembre 2011

En attente

photo@fabian da costa


De je ne sais plus qui...mais parole de grande sagesse :

" Ce n'est pas parce que l'on n'a rien à dire qu'il faut l'écrire. "

A bientôt...

dimanche 4 septembre 2011

Vercopoème VI

photo © fabian da costa



Lorsque vient la silencieuse blancheur de l'hiver,
la lente emprise du givre et des glaces,
ce que tu croyais connaître, reconnaître,
se voile, se dissimule, s'estompe -
pour te laisser égaré, privé de tes certitudes,
sur une terre vierge aux repères effacés,
où tu es l'inconnu, l'insolite, l'intrus.


mardi 23 août 2011

Vercopoème V


Le Mont-Aiguille © fabian da costa


"Ce dont on te prive, c'est de vents, de pluies, de neiges, de soleils, de montagnes, de fleuves, et de forêts : les vraies richesses de l'homme ! Tout a été fait pour toi ; au fond de tes plus obscures veines, tu as été fait pour tout. Quand la mort arrivera, ne t'inquiète pas, c'est la continuation logique. Tâche seulement d'être alors le plus riche possible. A ce moment-là, deviens ce que tu es, deviens."

Jean Giono " Les Vraies Richesses "


jeudi 18 août 2011

Vercopoèmes IV

Vercors © fabian da costa


Falaises


Grandes déchirures de la montagne :
chaque coucher de soleil les embrase.

Pâles, suspendues dans le vide,
phosphorescentes de lune.

Masses noires, plus noires que la nuit.

Icebergs de pierre naviguant dans le ciel,
rouges, jusqu'à l'incroyable.



 




mardi 16 août 2011

Vercopoème III


hauts-plateaux du Vercors © fabian da costa


Celui qui aime la mer aimera les hauts plateaux.

Par leur longue houle verte, leurs croupes bondissantes,
par leurs majestueuses vagues de pierre, figées au-dessus de l'abîme,
ils sont lieux de solitude et de silence,
si profondément proches du monde sous-marin.

Voici que la matière torturée par l'eau et le vent
se sculpte en formes abruptes :
pierres rongées et percées pareilles au bois tendre,
arbres pétrifiés aux branches acérées.

Rien n'est ici tout à fait comme en bas,
parmi les hommes.

 




dimanche 14 août 2011

Vercopoème II


Le Mont-Aiguille © fabian da costa



Ailes dans le ciel.
D'invisibles ciseaux,
fendent le bleu soyeux
d'une criante lame.

jeudi 11 août 2011

Vercopoèmes I


Le Vercors © fabian da costa



 MONTAGNES 

Elles sont le souvenir de la grande colère du monde,
immobiles, comme la puissante main du temps les a laissées.

Grand élan figé dans l'espace nu,
lieux de la crainte et du désir de l'homme,
qui toujours et encore, veut jusque-là-haut,
porter son coeur insatisfait.



vendredi 29 juillet 2011

Mettre le prix




photo © fabian da costa



Et accepter de payer sans marchander le prix exorbitant de la beauté.

Quel est ce prix à payer, ce prix exorbitant, exigé pour atteindre cette mystérieuse beauté dont parle Nicolas Bouvier ?

Payer c'est, d'une manière ou d'une autre se défaire d'un bien pour en acquérir un qui semble plus désirable, plus nécessaire. C'est créer un vide pour acquérir du plein. C'est renoncer à tout avoir en même temps : le beurre et l'argent du beurre, ce que je veux garder et ce que je désire avoir.

Payer, personne n'aime vraiment cela : je l'ai payé cher – j'ai payé de ma personne – c'était trop cher payé – et puis tout un chacun le sait, ce qui n'a pas de prix en a un, fort élevé en général.

Alors avec quoi payer sans rechigner ni marchander, cette beauté qui nous est présentée comme hors de prix ? Déjà il m'a semblé qu'il était possible, sans trahir la pensée de l'auteur, d'ajouter d'autres " produits " tout aussi chers dans notre panier,  comme la vérité, l'équanimité, et allez soyons fou, la pureté.

A quoi suis-je capable de renoncer dans ma vie, dans mes croyances, dans mes désirs, pour acquérir tout simplement ce qui ne dépend ni des circonstances, ni de mes humeurs, ni même de mes envies, ce qui est l'absolue splendeur du monde….

De quoi vais-je accepter de me dépouiller pour avoir ne serait-ce qu'une fois, la grâce de contempler la beauté, celle  qui se tient au-delà de tout – la beauté au-delà du beau.
 

mercredi 27 juillet 2011

Confidences et secrets



photo © fabian da costa


Ces chuchotements de femme à l'oreille de Nandi, le taureau monture et compagnon du dieu Shiva, m'ont toujours intrigué. Quelques hommes parfois, mais surtout ces femmes en saris chatoyants qui se penchent en faisant tinter leurs bracelets, mettent leur main en conque près de l'oreille de celui qui veille avec amour et patience en vis-à-vis de son maître bien-aimé, Shiva.

Nandi n'est pas n'importe lequel des taureaux à bosse si nombreux qui peuplent les campagnes et même les villes indiennes. Placides en général, j'en ai croisé plus d'un, avançant d'un pas paisible au milieu d'un embouteillage indien qui rendrait fou n'importe quel quadrupède occidental, ils sont tous sous la protection de Nandi, qui dans sa grande bonté protège aussi tous ceux qui marchent à quatre pattes, et dieu sait qu'ils sont nombreux.

Nandi est le fils d'un sage des jours anciens, Kashyapâ, et de Surabhî, la vache céleste, née au moment du barattage de la mer de lait par les dieux et les démons, à l'origine du Monde.

Un pareil lignage ne pouvait qu'en faire un dieu lui-même, dévoué à un plus grand dieu encore, Shiva. Il en est la monture, le fidèle disciple et aussi le messager infatigable. C'est à cette qualité que s'adresse celles et ceux qui viennent lui confier leurs demandes et leurs espérances, certains qu'il les portera avec diligence auprès de son maître dont la statue se trouve toujours en face de lui.

Chez-nous les messagers divins sont des anges aux ailes plus rapides que l'éclair. Je ne doute pas que Nandi, le blanc taureau, ne soit aussi efficace. D'ailleurs je lui ai moi-même confié une demande au creux de son oreille de pierre, mais je ne dirai pas laquelle…une confidence est une confidence, un secret qui se dit n'est plus un secret.





vendredi 8 juillet 2011

La Voix des Tambours

 photo ©  fabian da costa


        Un soirée à Cochin, venue comme toujours à pas doux et soyeux, une soirée de fête indienne dans les jardins qui bordent le port. La foule évidemment, et sur l'estrade des tambours. J'ai toujours aimé les tambours, d'un amour mêlé de crainte, car je savais qu'ils frappaient à cet endroit de moi où je n'osais aller.
 
Et voilà que ce soir-là, dans la chaleur, le bruit et les moustiques, la voix du père s'est élevée.
Pour la première fois, j'ai eu la sensation de pouvoir poser ma main doucement sur la peau du monde et  d'entendre battre un cœur, résonance de tous les cœurs.
Comme si j'avais pu la glisser sous les couches de millénaires accumulées, à travers l'épaisseur du vêtement humain, et toucher enfin ce que j'aurais toujours cherché sans le savoir.

J'ai tellement de chance, moi qui n'ai pas d'identité et pas d'ancêtres, moi qui n'ai  pas d'histoire ni d'arbre généalogique. J'ai tellement de chance de ne pas pouvoir aller dans des cimetières me recueillir sur les tombes de ma famille, tellement de chance de ne pas avoir de vieilles photos à regarder, pas de noms et de prénoms à me souvenir. Je n'ai aucune ressemblance à rechercher, je ne sais pas de qui sont mes yeux ou ma bouche. Oui la chance infinie, la grâce même, de n'appartenir à rien ni à personne et d'être libre de choisir, d'accueillir.

Je crois qu'aujourd'hui enfin je vais pouvoir vous reconnaître, vous qui ne m'avez pas reconnu. Que je vais m'incliner devant vous, mon père, m'incliner devant ce qui en moi vous appartient, ce dont je vous suis redevable. Je ne sais même pas si vous avez atteint l'âge que j'ai à ce jour où je peux me présenter devant votre image, sans colère ni peur, pour vous dire - mon père, je vous salue - allez paisible, là où votre destin vous a permis d'aller. La force, l'élan, que vous ne m'avez pas donnés, je les ai reçus ce soir-là, en Inde, par la voix puissante des tambours.


 

jeudi 30 juin 2011

Une de plus

photo©fabian da costa




Oui, une de plus qui arrive…une année supplémentaire qui s'ajoute à celles déjà assez nombreuses qui me sont dévolues. Et celle-là, pour le moment, je ne l'aime vraiment pas.

Il y a je crois, des années plus violentes que d'autres, plus redoutables, plus graves. Ces années-là peuvent arriver n'importe quand : pour certains c'est à 20 ans, 25 ans, 50 ou bien 60 ans. En fait, n'importe quel anniversaire peut se révéler dangereux, simplement parce qu'il marque dans le coeur et dans l'âme une étape qu'il est difficile de franchir.

Moi, c'est à l'aube de mes 65 ans que je marque le pas, que je m'arrête avant de passer  une nouvelle frontière. Parce que là, il ne s'agit plus de plaisanter, de tergiverser. A la fois je sais bien qu'il ne s'agit pas de faire, de me faire des promesses, des engagements du genre : bon, à partir de demain, yoga-méditation tous les matins, voire tous les soirs aussi – de l'Ici et Maintenant à chaque instant de la journée – équanimité et zennitude – patience absolue…et encore tout plein de choses du même style, c'est-à-dire totalement irréalisables. ( enfin pour moi en tous cas)

Mais quand même il serait bon je pense que je sois pour cette étape de ma vie, un peu plus, ou un peu moins… enfin vous me comprenez, j'espère. Et puis ce n'est pas la peine de le cacher : je ne sais plus qui a dit quelque chose du genre, " le problème des années qui passent c'est quand arrivent celles d'où l'on commence à apercevoir le poteau d'arrivée qui est aussi, à bien réfléchir, celui du départ. "

Allez, plus de mélancolie. J'ai quelques amis qui vont me servir d'appuis pour franchir le gué vers ce nouveau rivage. Je ne sais pas nager, donc j'ai besoin de pierres où poser mes pas, en route vers de nouvelles aventures.

mercredi 22 juin 2011

Qu'as-tu fais hier matin ?

photo © fabian da costa


Attends, hier matin, j'ai rangé ce qui était en désordre, je leur ai rendu propre le linge qu'ils m'avaient donné sale, j'ai lavé, épluché les légumes, j'ai préparé une salade de concombres et une poêlée de chou, j'ai fait cuire de la semoule avec des raisins secs et des pois chiches…à oui, j'ai aussi fait des yaourts, et je leur ai demandé comment ils avaient dormis, et comment ils se sentaient ce matin-là.


J'ai caressé le chat, je l'ai nourri, je lui enlevé les tiques qu'il ramène du jardin. Après le déjeuner , j'ai encore lavé ce qui était sale et rangé ce qui était en désordre, et puis j'ai continué à lire le livre de Christian Bobin que j'ai découvert pour un euro et cinquante centimes au vide grenier près de chez-moi : une merveille.
Hier matin, ce que j'ai fait ? Je crois bien que je les ai tous aimés. 

mercredi 25 mai 2011

Rêver

photo © fabian da costa



J'aimerais pouvoir rêver sans mesure ni remords. Rêver à tout ce dont je rêve tout bas et que je ne me permets pas, même en rêve.
Quelle est donc forte cette pression, quelle est donc violente cette interdiction faites au dehors et en nous, de ne pas autoriser cette innocente douceur, ce péché véniel - rêver.

Le rêveur n'a pas bonne presse : ni l'enfant à l'école, ni l'adolescent et ces flamboyantes espérances, encore moins l'adulte et moins encore l'ancien, qui n'est plus alors qu'un vieux radoteur. 

Mais qu'on ne me raconte pas de bobards, qu'on n'essaie pas de me faire prendre les fameuses vessies pour des lanternes, le rêve est encore caché au fond des cœurs, fruit délicieux, rafraîchissant, désaltérant, où l'on peut mordre en cachette ou bien ouvertement selon les tempéraments.

La prudence veut qu'on ne raconte pas trop ses rêves, ceux de la nuit, et encore moins ceux du jour…que celle ou celui qui n'a jamais rêvé en pleine journée d'autre chose que de son quotidien me jette ce qu'il trouvera sous sa main. Oui, je sais, " l'ici et maintenant "…je n'y suis pas encore, moi c'est souvent, là et ailleurs en même temps. Mais je fais des efforts, c'est juré. Enfin, tant que cela ne m'empêche pas de continuer à rêver.


vendredi 29 avril 2011

Je vais écrire...




Le vertige de l'écran blanc…


n'est pas plus rassurant que celui de la page de même couleur. J'avais dit : ce week-end, j'écris. J'ai du temps, de la solitude, des idées, des envies…parfait…j'écris.

J'ai des monceaux de bouts de textes épars dans tous les coins de mon ordinateur, des titres épatants, des premières phrases pleines de promesses, des chatouillis sous les doigts, des envies de clavier.

Bien, je vais écrire, j'écris….juste que franchement, il ne faut pas croire que l'inspiration se présente au garde à vous dès qu'on l'appelle. Trop simple, trop facile, cela se saurait s'il suffisait de siffler dans ses doigts pour qu'elle arrive aussitôt, tel un bon chien fidèle. D'abord je ne sais pas siffler, et puis mon chien n'est jamais venu quand je l'appelais, bien au contraire. Si l'inspiration s'enfuie aussi vite et aussi loin que mon chien le faisait je ne suis pas sortie d'affaire.

Donc je vais écrire : mais il paraît que le chocolat est bon pour le cerveau, plein de magnésium, et puis le placard est tout proche. Trois carreaux plus tard et une belle dose de magnésium sûrement installée dans les circonvolutions de mes neurones, je vais écrire.

Le soir tombe, il fait presque noir maintenant et je m'inquiète pour mon chat qui s'éternise dehors, dans le jardin. Les renards sont nombreux en cette saison, et les jeunes chats sont tendres sous leurs dents.Comment voulez-vous que j'écrive avec cette angoisse au coeur ?

Voilà, j'ai retrouvé mon chat, il est là, en train de faire sa toilette sur les coussins de mon bureau - maintenant, je vais écrire, je veux écrire, j'écrirais… demain…certainement, car avec tout ça j'ai l'impression que mes idées sublimes ont filé je ne sais où et il se fait tard, trop tard.

Oui, demain c'est certain, demain matin à la fraîche, mon inspiration sera là. Telle une jeune vierge prête à épouser son amoureux, elle m'offrira la beauté des mots venus de son cœur, le doux balancement des phrases qui tombent juste là où elles sont nécessaires. Demain j'entendrai ce murmure que j'ai connu parfois, ce chuchotement doré qui vient comme un cadeau, qui peut être si beau que les larmes me montent aux yeux. Demain, ces éclairs qui illuminent mes nuits, ces lueurs brèves et fulgurantes qui traversent mes pensées, viendront se coucher j'en suis certaine, captifs et domptés sous mes doigts - demain.

Mais au fait, demain matin je dois aller régler des problèmes à la banque. Ce n'est rien, j'écrirai l'après-midi. Oui c'est certain, demain après-midi, j'écrirai.

Ah ! mais diantre ! il faut aussi que je vide et que je nettoie le cellier, pillé et déshonoré par une horde de souris qui nécessitèrent  des kilos de souricide pour les exterminer - non, mon chat n'attrape pas les souris de la maison, juste celles qu'il ramène du jardin.

Bon, je suis en train de me faire une raison : après-demain dimanche j'écrirai. Ne riez pas, ce n'est pas drôle. Le dimanche est un beau jour pour écrire, c'est un jour parenthèse, un espace qui s'ouvre tout blanc – tout blanc comme une page blanche…comme l'écran blanc de mon ordinateur…

samedi 23 avril 2011

Ne me secouez pas...



photo © fabian da costa


...je suis plein de larmes…( Henri Calet )
     
      Il y a des jours sans victoire, qui ne sont pas des défaites. Il y a des ciels gris, beaux comme l'azur, il y a des blessures que l'on porte debout et qui n'empêchent pas la vie de continuer.
    Il y a des amours dont on ne sait plus que faire, mais qu'il est impossible de ne pas aimer.
    
Oui, ne me secouez pas je suis pleine de larmes, mais elles finiront par sécher.

lundi 18 avril 2011

Allumer le Feu



photo © fabian da costa

   Pouvoir déjà allumer un feu en activant ses propres forces, en allant chercher dans sa forêt intérieure ce qu'il faut de brindilles et de bois pour alimenter son foyer, c'est bien.
   Mais pouvoir se faire si humble, si doux, si attentif, accepter de s'ouvrir même avec crainte et tremblement à ce qui vient d'Ailleurs, être juste un espace ouvert – alors j'en suis certaine, notre feu sera allumé par le Feu, celui de l'esprit invisible qui n'attend que notre oui pour enflammer nos vies.
 

vendredi 15 avril 2011

l'arbre et la forêt

photo © fabian da costa


   L'arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse. Elle est bien connue cette phrase, si connue que je n'arrive pas à l'attribuer justement. Certains disent proverbe africain, d'autres indien : peu importe.
   Nous sommes beaucoup en ces dernières semaines à être assourdis par la fracassante chute de tant d'arbres qui s'effondrent, entraînant avec eux tellement d'espoirs et d'illusions - écrasant sous leur poids des milliers de vies.
   J'avoue que je n'arrive pas encore à entendre la forêt qui pousse, même si je sais que c'est la profonde vérité. Pourtant tout mon jardin l'affirme en ce printemps splendide : rien n'empêche que silencieusement la nature continue sa vie qui n'est pas la nôtre, qui ne fait pas de bruit, qui toujours veut perpétuer le cycle des morts et des renaissances.
   Peut-être, si les hommes s'obstinent dans leurs folies, disparaîtrons-nous pour de bon de sur cette planète qui nous a tant offert. Alors les forêts et tout ce qui silencieusement va vers la vie, reprendront la place que nous aurons désertée, l'espace dont nous n'aurons pas été dignes. Même si nous ne sommes plus là pour l'entendre, la forêt continuera de pousser dans un chant silencieux, juste pour les étoiles...qui sait ?