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dimanche 20 mars 2011

Eloge de la faiblesse et autres fragilités…

photo©fabian da costa


L'éloge des failles et des tremblements, celle des larmes qui montent aux yeux et que ne justifie aucune raison.  La louange de ce qui n'a pas de nom et peut mettre le cœur à genoux, sans bruit ni avertissement.
Ne pas être fort, ne pas savoir, abandonner le peu que l'on croît avoir – se laisser traverser par le chagrin, la peur. S'ouvrir si grand à ce qui vient que plus rien ne sera lointain. Accueillir sans redouter l'intrus, aimer sans craindre l'abandon. Être vivant, tout simplement.
 

mardi 8 mars 2011

Aube


photo ©fabian da costa



L'aube vint enfin dans une incroyable fraîcheur. J'eus le sentiment qu'en déchirant lentement la nuit du tranchant aigu d'une lame, quelqu'un – ou quelque chose – avait laissé entrer par cette fente de plus en plus large l'eau glacée d'un torrent de montagne.
Elle repoussa l'obscurité, lentement, fortement, et blanchi le ciel comme une lavandière aurait pu le faire d'un immense drap tendu d'un bord à l'autre de l'horizon.
Si froide, que l'air s'immobilisa, se figea, et enveloppa chaque herbe, chaque branche, d'un impalpable souffle de givre. Les troupeaux de vaches qui sortaient doucement de la nuit restaient encore immobiles, pris jusqu'aux poitrails dans une mer de lait.
La venue du soleil ne s'annonça tout d'abord que par une vague lueur, une buée rose qui se déposa au bord du ciel, le souffle d'une haleine tiède qui se répandit doucement.
Ce qui se passa alors fut étrange : il y eut un instant suspendu entre l'aube glacée et le rayonnement du soleil encore invisible, comme si l'une tardait à disparaître et que l'autre refusait  encore de se révéler. Et dans ce bref intervalle un silence se glissa, non pas celui que peuvent faire naître les humains lorsque se taisent enfin leurs bruits quotidiens, mais celui de la terre et du ciel qui cessèrent de respirer, une apnée cosmique qui retint l'âme du monde, avant de la laisser aller à nouveau vers son destin du jour.