Les textes qui sont publiés sur ce blog sont ma propriété, les photos sont soit les miennes, soit sous le copyright fabian da costa photographe. Sauf indications de sources de ma part. Merci de ne pas les utiliser sans mon autorisation.

samedi 31 décembre 2016

L'Ange à la fenêtre d'Occident

" Les ailes du désir " Wim Wenders



C’est un livre posé en équilibre sur l’extrême bord de ma bibliothèque, comme un ange prêt à basculer. Et de lui me revient le souvenir de l’ange Damiel, dans le film de Wim Wenders - celui qui par amour des humains perdit ses ailes et trouva un coeur.

Fin de l’an 2016 - l’une de ces années que l’on peut nommer “ annus horribilis “ , pleine de fureur, de sang et de bruit. Que peut-il voir de nous cet ange mélancolique qui se penche sur notre humanité ? Peut-il nous proposer autre chose qu’une immense compassion, un tendre regard sur nos blessures, sur nos espoirs ?

Tout ange est terrible disait Rilke, terrible et foudroyant par sa beauté et sa force. Mais pas cet ange là, qui ne semble connaître que pitié pour notre faiblesse.

Cette nuit se lève l’an 2017, ses incertitudes, ses espérances et ses craintes. Un ange se penchera-t-il sur notre terre ? Je ne sais pas - mais me vient la pensée que nous pourrions, pour nous-mêmes et nos frères humains, être un peu des anges, penchés les uns vers les autres, avec tendresse et patience.


vendredi 2 décembre 2016

Carnets anciens...

Le Lorrain - Port de mer au soleil couchant



Comme je partirais bien sur ces navires gréés
dans l'or des ciels du Lorrain.
A quai, mais déjà en partance
dans un couchant radieux.
 Il y a des hommes graves 
et des femmes qui passent.
Des palais et des places 
dans les brumes du soir.

Je partirais mon amour bien avant toi.
Des siècles précédant tes pas.
Pour t'attendre là-bas où je n'étais pas.

Et je serai la première pierre sur laquelle tu marcheras,
l'eau que tu boiras,
et la fleur que tu prendras.


jeudi 20 octobre 2016

Comme une lumière dans la nuit...




Dans le vieux Lyon, rue Saint-Jean pour ne rien vous cacher, se trouve un lieu de perdition. La librairie d'occasion " Diogène ". Voici presque deux ans que furetant dans le rayon Asie, je tombe sur ce gros livre qui me tente et me retente. Son prix un peu plus élevé que ce que je souhaitais m'en a fait retarder l'achat à chaque fois. Jusqu'à notre dernière visite - car enfin, il était toujours là - pour moi, ou du moins ais-je enfin réussi à m'en persuader. 

Je n'ai pas regretté mon achat : sont rassemblés dans cet ouvrage de 1928, des textes inédits des grands penseurs indiens qui ont marqués la littérature et la vie sociale et politique de l'Inde, encore sous le joug anglais. 

Ce matin je l'ouvre délicatement à la première page - le magnifique papier ivoire demande délicatesse et précaution - et je lis le message d'introduction écrit par le Mahatma Gandhi.

" La plus grande contribution que L'Inde puisse apporter à la somme du bonheur humain, c'est de parvenir à sa liberté par des moyens pacifiques et loyaux. Pareille chose arrivera-t-elle jamais, c'est plus qu'on ne peut le dire. En vérité les apparences contrediraient cette croyance. Néanmoins, ma foi en l'avenir de l'humanité est si grande que je ne peux faire autrement que croire que l'Inde obtiendra sa liberté seulement par des moyens pacifiques et loyaux, et par nuls autres. 
Puissent donc tous ceux qui partagent ma croyance aider l'Inde à atteindre cette suprême consommation ! "
Ashram, Sabarmati, 7 juillet 1926 ( Traduit par Madeleine Rolland )

En 1926 Gandhi a 57 ans, il vient depuis peu d'être libéré des prisons anglaises pour raison de santé. Ses campagnes de non violence ont déjà fait naître dans l'Inde une grande espérance. Et pourtant, la force de l'occupation anglaise semble écraser les foules indiennes de pauvres gens, conduites par ce petit homme maigre, presque nu. Au milieu de malheurs innombrables, dont la partition entre l'Inde et le Pakistan n'est pas la moindre, les anglais se retirent et l'Inde devient indépendante en 1947.
Un an plus tard Gandhi est assassiné par un fanatique hindou. Mais au-delà des soubresauts politiques, des luttes sanglantes qui agitèrent l'Inde longtemps encore, sa volonté de paix et de non violence a triomphé des armes. 
J'ai lu ce texte ce matin, après avoir écouté les nouvelles toujours catastrophiques, toujours anxiogènes, que tous nos médias dispensent chaque jour. Et j'ai pensé qu'il était bon de le partager  comme une lumière dans la nuit qui nous oppresse.

mercredi 19 octobre 2016

A visiter...A découvrir



https://www.artphotolimited.com/galerie-photo/fabian-dacosta#description

lundi 10 octobre 2016

Je n'ai pas vu le grand cerf dans la forêt

 
 Quelque part dans le Vercors




Et oui, je n'ai pas vu le grand cerf qui brame dans la forêt. Malgré un réveil plus que matinal, vêtue de plusieurs couches de vêtements, munie d'un thermos de thé chaud et de quelques biscuits, malgré quelques heures de marche, je n'ai pas vu de cerfs.

Ce que j'ai vu alors ? J'ai entrevu dans le brouillard laiteux d'un matin d'automne, des arbres fantômes, des sentiers mystérieux qui s'enfonçaient sous des voûtes de feuillages vers un ailleurs de rêve. 

J'ai vu également, et cela sans peine aucune, des porteurs de superbes télé objectifs, l'air concentré et grognon, qui eux non plus ne voyaient pas le grand cerf. Personne ne l'a vu : la faute au brouillard bien entendu. Ne répétez pas ce que je vous dis-là - cela ne m'a pas déplu.  

Mais je l'ai entendu bramer dans la forêt, le grand cerf que tout le monde attendait. De ce son puissant et rauque, celui qui appelle la biche, qui la charme, la convoque pour perpétuer la vie, pour que l'an prochain il y ait encore des cerfs majestueux, des biches craintives, et des photographes derrière leurs objectifs.

Je ne l'ai pas vu, ni lui ni aucun autre, mais je sais qu'ils étaient là, occupés de leurs amours, de leur combats, de leurs conquêtes. Vraiment, est-ce que cela nous regarde ?



vendredi 8 juillet 2016

Pour Edouard Boubat


Edouard Boubat - Le paravent - 1976



    Lumière de ce jeune amour que je n'ai pas su voir. Tu m'avais dit : - je m'appelle Maria-Luz et je suis espagnole. C'est ainsi que j'ai appris à la terrasse d'un café que toutes les espagnoles ne sont pas brunes, mais que presque toutes se nomment Maria.

    L'amour était facile en ce temps-là. J'ai vu que je te plaisais et cela ne m'a pas surpris. Sans orgueil, je savais que les filles tombaient facilement dans mes bras. Elles me quittaient tout aussi facilement d'ailleurs. Chacune d'elle était une bulle légère qui venait jusqu'à moi. je la frôlais du bout des doigts, et quand elle disparaissait je n'en avais aucune peine, sachant qu'une autre la remplacerait.

    Tu es venue ainsi et je ne m'en étonnais pas. Je trouvais normal de t'avoir près de moi quand je le voulais, dans mon lit quand je te désirais. Je te croyais silencieuse par manque d'idées, rieuse par gaité naturelle, respectueuse de ma liberté par absence de jalousie. Je pensais surtout que je t'éblouissais. Paris avec toi dansait sous nos pieds et nous dansions beaucoup.

    L'amitié aussi m'était facile. Les routes se croisaient et s'éloignaient sans heurts. Comme en amour, j'accueillais l'ami qui se présentait, comme en amour je ne faisais rien pour le retenir. Celui-là qui venait vers nous en évitant souplement les danseurs, avait quitté mon chemin depuis des mois. Je le retrouvais inchangé - nonchalant et toujours aux aguets comme un grand chat dont il avait le pas et les moustaches.  Vivement, il a regardé ta bouche, tes yeux et ton corps, en homme qui sait voir les femmes. Je me suis dit qu'il allait de demander de poser pour lui. Il l'a fait. Tu as accepté. Je n'y ai plus pensé. Je n'étais pas jaloux.

    Plusieurs semaines après, lorsque tu m'as dit - Je suis allée posée chez ton ami photographe, j'ai plaisanté - Il t'a photographiée nue bien sûr. Tu as répondu - Non, seulement mes cheveux. Et tu as ajouté un peu plus bas. - C'est drôle que vous soyez amis, vous ne vous ressemblez pas.

    je ne saurais même pas raconter comment tu m'as quitté. Un rendez-vous manqué, un téléphone qu'on ne rappelle pas, une habitude qui s'éloigne. Il y en eu bien d'autres après toi, et ma vie comme je la voulais - à la surface du monde, à la frange des êtres. Jusqu'à ce jour devant la table d'un bouquiniste où je feuilletais un livre de photo.

    Moi, pauvre aveugle, je t'ai vu entre les pages, pour la première fois. J'en ai pris, ma Lumière, plein le coeur, plein ma vie que je croyais vide de tout autre que moi. Je suis allé m'asseoir sur un banc et j'ai fermé les yeux. Alors tout est venu comme une grande vague qui m'a emplie de toi.

    Car je savais tout - l'escalier étroit que tu as grimpé jusque chez-lui - la lumière qui se promène à travers la baie de son atelier - ses mains qui bougent tout le temps, et son sourire comme un filet jeté sur les enfants, les femmes, les oiseaux ou les anges, ce qui est la même chose. 

    Tu as déversé ta chevelure sur les fleurs de son paravent chinois - pourquoi donnée à lui et pas à moi, cette plénitude de toi. Tes cheveux dans le soleil ont l'odeur de la vanille - je ne m'en souvenais plus. Comment ais-je pu supporter ton absence à mes côtés ? Pourquoi n'ais-je pas senti, inexorable, l'ombre qui m'envahissait ?

    Je prenais l'allégresse qui me soulevait à chaque nouvelle rencontre pour un nouvel amour, et toute découverte m'était une passion. Mais alors, que vient-il de surgir ici qui me brise et me navre ? Il ne s'agit plus de l'amour léger, frais comme un verre d'eau pour la soif de l'été. C'est un amour pavot, rouge sang, rouge nuit. C'est un amour poison où je veux m'endormir. Dormir dans tes cheveux Luz.

    On ne meurt pas d'amour - enfin, pas toujours - et je n'en mourrai pas, c'est certain. Je n'ai pas acheté le livre - ni celui-là, ni un autre. J'attends de te retrouver ainsi révélée, au secret d'une page. J'ai choisi de souffrir par surprise. Je veux que la douleur me transperce sans que je puisse m'en défendre. Je désire être foudroyé par ton image, consumé, dévasté. 
Pour avoir oublié de t'aimer.

Anne da Costa

   

 

    


jeudi 21 avril 2016

Patmos







Voilà que nous partons là-bas accompagnés du poème d'Hölderlin, pour ramener des images et des impressions.
à bientôt





" Mais bruissent autour des portes de l’Asie
S’étirant ça et là
Dans la plaine marine incertaine
Bien assez de routes sans ombre,
Cependant il connaît les Îles, le marin.
Et comme j’entendis
Que l’une des proches
Était Patmos,
Me prit le très fort désir
D’y aborder et d’y
Approcher la grotte obscure.
Car ce n’est pas, telle que Chypre
La riche en sources, ou
L’une des autres,
Avec magnificence que réside Patmos,


Ainsi prit-elle soin
Jadis du bien-aimé de Dieu,
Du Voyant qui dans une heureuse adolescence était

Parti avec
Le Fils du Très-Haut, inséparable, car
Il aimait, le porteur d’orages, la candeur
De l’adolescent et il voyait, l’homme attentif,
Le visage de Dieu exactement, "

(Friedrich Hölderlin, traduction française de Patrick Guillot du poème « Patmos»)

samedi 9 avril 2016

Sauver le monde ?

Coplet - Saint-Jean-en-Royans - photo anne da costa



N'essayez pas de sauver le monde ou de faire 
quelque chose de grandiose.
Aménagez plutôt une clairière dans la forêt de
votre vie, et attendez patiemment que votre propre 
musique sonne au creux de vos mains,
Reconnaissez-là - accueillez-là.
C'est à ce moment seulement que vous saurez
comment vous offrir à ce monde qui mérite tant
d'être secouru.

Martha Postlewaite - Version française Michèle Le Clech - Nelly Delambily

Sur le blog " carnets de rêves " que je ne saurais trop recommander à tous ceux qui se passionnent pour cette dimension nocturne de nos vies.

lundi 21 mars 2016

origines

le jardin zen d'Erik Borja - Drôme - photo anne da costa



Les recycleries, ressourceries, tous ces lieux d'échanges, de partages, sont de vrais cadeaux du ciel. Nous y apportons tout ce que nous voyons de superflu chez-nous, mais qui peut encore faire le bonheur des autres, et bien entendu nous en rapportons presque autant, sinon plus, histoire de remplir à nouveau l'espace libéré. 

De ma dernière visite j'ai ramené dans ma bibliothèque déjà surchargée, deux livres, dont celui d'Amin Maalouf, " Origines ". Ceux qui me connaissent ne s'étonneront de ce que le titre m'est interpellé. 

L'auteur hérite d'une malle pleine des archives de sa nombreuse famille, dont les membres ont essaimé depuis le Liban jusqu'aux Amériques et dont il tente de dénouer l'écheveau des histoires complexes, pour renouer le fil des générations qui l'ont fait ce qu'il est.

Outre la certitude que notre approche actuelle, du moins la mienne, des conflits qui secouent le Proche-Orient, a trop souvent péché par une méconnaissance de l'histoire, des histoires, de ces multiples pays, religions, ethnies, j'y ai trouvé cette phrase qui m'a paru tellement juste :

" Nous sommes les générations arrogantes qui sont persuadées qu'un bonheur durable leur a été promis à la naissance - promis ? mais par qui donc ? "

Et il y a bien de cela pour notre génération née après la dernière guerre, et pour nos enfants. Ces fameuses trente glorieuses qui nous ont fait croire que prospérité et sécurité nous étaient acquises pour toujours, nous ont sans doute rendu sourds et aveugles à ce qui se préparait, ce qui allait advenir.
Non, nous ne pouvons plus promettre à nos enfants et à leurs enfants, ce bonheur durable que nous avions espéré. Nous pouvons peut-être juste leur parler, et à nous mêmes également, de courage, de partage, d'amour et d'espoir.

mardi 15 mars 2016

Pourquoi ne pas oser un poème d'amour ?

matin frileux - photo fabian da costa



C'est un amour pavot,
rouge feu, rouge nuit.
Je marche comme on dort dans ce grand pré fleuri.
Ne me réveillez pas de ce songe où je suis.

Mourir de ce poison ou bien vivre par lui
sont du même plaisir les deux faces unies.
Que le jour où ta voix ne me fera plus trembler,
celui où de toi ma soif sera comblée
ne vienne jamais.

Je n'ai pas choisi la mesure d'aimer.
Si elle m'est donnée ainsi démesurée,
c'est qu'il fallait cela entre nous déposé.

vendredi 26 février 2016

Le don du Simple

ouvrier à Faridabad - Inde- photo anne da costa





Ceux-là ne posent pas, ils ne connaissent pas les selfies. Si on le leur demande, ils offrent leurs visages, et un peu plus. Ce sont les simples de la vie, les invisibles, les indispensables. Et quand ils voient, sur l'écran de l'appareil photo, leur visage, ils sourient, intimidés par cette rencontre avec eux-mêmes.

lundi 15 février 2016

Marcher dans le labyrinthe

Dans les Alpes, sur les pas de René Daumal
photo fabian da costa



Dans un carnet retrouvé une relecture de notes, de réflexions...certaines ont dix ans d'âge...Ais-je vraiment avancé sur le chemin ? Honnêtement...non. Ou alors, un peu, si peu. Ce n'est pas très grave. Et si la vie me fait repasser par ces traces, comme le randonneur distrait qui se retrouve soudain sur le même sentier, c'est qu'il y a quelque chose à voir, à faire à nouveau...comme poser une nouvelle pierre sur le cairn, celle qui manquait pour aller de l'avant.

Tendresse et fidélité

Vrindavran - Ferme de Jiva Ashram
photo fabian da costa




Un beau et gros, très gros garçon, dans les bras de celle qui s'est occupé de lui depuis qu'il n'était qu'un petit veau.

Avec mon courage habituel je suis restée de l'autre côté de la barrière. Je le regrette, ce n'est pas moi qui ai fait la meilleure photo.

mardi 2 février 2016

et Hop !!!

photo fabian da costa




" Saute et le filet apparaîtra "

in " Libérez votre créativité " Julia Cameron Ed. J'ai Lu

dimanche 31 janvier 2016

Souvenirs de Shangai



La grève d'Air France, voici deux ans. Nous sommes bloqués une semaine à Shangai, une ville gigantesque où presque personne ne parle anglais et surtout pas les chauffeurs de taxis, ni les restaurants, ni les policiers, au demeurant charmants. Heureusement depuis l'exposition universelle, les panneaux et les noms des rues, tout au moins pour les plus importants, sont en anglais.

Nous errons au hasard, avec dans notre poche, l'adresse en chinois, de la " bonne samaritaine ", qui nous a recueillis. Et puis au détour d'une rue, ce temple taoïste, coincé entre les tours gigantesques. Un morceau de la Chine ancienne rescapé des années communistes, et pas encore avalé par celles du consumérisme effréné qui s'est emparé des chinois. 

photos anne da costa

samedi 30 janvier 2016

Tentation et bouddhisme


Temple bouddhiste à Shangai - photo anne da costa



" Je suis le chat du monastère.
Je n'offre pas ma dévotion au Bouddha.
Je guette l'oiseau, là-haut, si haut. "