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vendredi 13 octobre 2017

Ecrire

forêt du Vercors - photo personnelle


‘’Je t’écris du temps d’avant les âges’’

 

Avant la lettre il y eut le signe, avant le signe il y eut l’arbre dressé et la branche tombée, l’herbe couchée, échevelée, tordue.

Il y eut la griffure des pattes d’oiseaux dans la neige fraîche et l’empreinte du renard dans les sous-bois humides.

 Il y eut le nuage étiré, roulé, déchiqueté sur le ciel, la pierre éclatée  par le gel de la nuit.

 Il y eut des siècles comme des jours et des jours sans limite aucune.

 Il y eut du feu, rouge comme ton sang, de l’eau  pour effacer le feu, et toi pour que je te connaisse.

Voilà pourquoi je t’écris de ce temps d’avant les âges, de ce temps  où nous devions nous retrouver, pour que de ma main qui trace ces signes, à tes yeux qui les lisent, le chemin se fasse, unique.

‘’Il était une fois et une fois il n’était pas… ‘’

C’est ainsi que tous les conteurs des vieux mondes commencent leurs histoires.

Donc, il était une fois et une fois il n’était pas, un empereur qui régnait trois mille ans avant notre ère sur la terre de Chine.

Huangdi, dans le bleu nocturne, regardait ciel après ciel, les astres et les planètes. Il les voyait dans la nuit, signes jetés par les dieux à la face des hommes. Quand le jour se levait sur les plaines, les montagnes et les mers de son royaume, il quittait son trône de jade et marchait à pas lents. Il marchait seul, loin de ses ministres, loin de ses courtisans, de ses généraux, de ses gardes, et personne n’aurait osé rompre sa solitude. En ce temps là, dans ce pays là, un Empereur n’est pas comme un dieu, il est un dieu. 


Wu Weige, le poète, nous dit que Huangdi, trouva dans la course des étoiles, dans les tendres et légères traces des oiseaux sur la neige, la révélation de l’écriture. Pour lui, les arbres et les pierres, les longues herbes sous le vent, se firent signes et caractères. Pour lui, la nature et le cosmos offrirent les pleins et les déliés, les points et les traits, et toute chose parla de sa propre parole. Ce fut comme un éclair, et Huangdi sut ce que les hommes allaient mettre des siècles à apprendre. Mais ce n’est tout encore : Wu Weige ajoute, comme en passant, ‘’Après cela, l’empereur pleurait beaucoup dans la nuit, et il y avait de quoi.’’

Il faut toujours croire les poètes. Il faut les croire plus que les savants, plus que les professeurs, plus, surtout bien plus que les hommes qui nous gouvernent. Car eux seuls disent toujours et forcément la vérité. Si un savant, un professeur, un homme politique se trompent, ils se trompent, tout simplement. Mais si un poète à l’air de s’égarer, voire de mentir, il a quand même raison  puisque jamais il ne parle de la surface du monde. Il ne parle pas des choses d’ici, variables et trompeuses, car elles ne sont qu’une peau qui se ride et se fane.  Il parle des choses vraies : celles d’en dessus et celles d’en dessous.

Il est donc certainement bien vrai, que Huangdi, l’Empereur des quatre mers, pareil au soleil, précieux et pur comme le jade de son trône, comme les colonnes de jade sculpté qui soutenait le ciel de jade de son trône, Huangdi dans sa longue robe jaune pleurait toutes les nuits. Il pleurait et je vois les larmes couler de ses yeux jusque sur ses mains. Il pleurait et moi qui ne sais pas la raison de ses larmes je voudrais pouvoir pleurer aussi.

Anne da Costa

2 commentaires:

  1. Que c'est beau !
    L'histoire de Huangdi, ton texte du début, quand tu décris le temps d'avant l'écriture.
    Et puis tes mots toujours précieux.
    Et l'émotion de tes larmes muettes.
    Merci
    ¸¸.•*¨*• ☆

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  2. Merci pour cette belle histoire que, comme conteuse, j'ai eu tout de suite envie de ra conter...merci aussi de ton ressenti si délicatement décrit. .
    Francine C.

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