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dimanche 21 novembre 2010

Aphrodite dormait

Un souvenir qui m'est venu aux petites heures de l'aube, alors que je me demandais ce que j'allais déposer ce matin sur les pages virtuelles de mon blog. Le souvenir d'une visite que nous avions rendue à un cher vieil ami dans sa nouvelle résidence, autrement dit dans une maison de retraite.
Nous l'avions connu flamboyant et royal - il avait encore gardé son élégance d'âme, son inépuisable culture, son verbe magnifique – mais la flamme tremblait tout comme sa voix, quand il nous expliquait combien ses enfants étaient rassurés de le savoir ici, en sécurité. Puis avec un humour intact il a ouvert son balcon pour nous faire découvrir le paysage qu'il voyait tous les jours : un immense cimetière.
L'heure aurait pu être sinistre, elle fut mélancolique et drôle. Je remarquais sur une table une revue de voyage : elle parlait de Chypre où une nouvelle statue d'Aphrodite venait d'être découverte. 
Ah ! me dit-il, Aphrodite, née de l'écume sur les rivages de l'île, la Vénus des romains, la splendeur du féminin !
Il avait en un instant retrouvé ses yeux brillants et nous l'avons laissé au milieu de ses livres et de ses souvenirs.
Peu d'années plus tard il nous a tous quittés pour ce là-bas dont on ne revient pas, mais sur le chemin du retour m'étaient venus ces mots que je dépose ici à sa mémoire, tendrement.


 Aphrodite dormait la joue dessus sa main et le sable frais se creuse sous ses reins.
Aphrodite rêvait que la mer balançait éternellement, une écume fragile au bord de ses pieds blancs.
Ses mains, sa bouche et ses cuisses sont froides. Elle n'est que silence sous les constellations.
Peu lui importe alors de savoir qu'Orion s'éloigne et disparaît jusqu'à la nuit prochaine. Et quand le vent du sud se lève dans la plaine, elle ne le voit pas.

Dis-moi que mourir est ainsi. Rêver sans s'éveiller jamais : savoir sous des paupières closes, que vivent encore les choses. Alors les vagues dérouleront sans cesse, pour le reprendre aussi, le livre que nous n'aurons pas fini.

Les dieux sont mieux ici, couchés et sans parole. Nous les aimons défaits, dans le sommeil enfuis. Ils deviennent pareils à notre chair fragile, et nous serons comme eux, aveugles et démunis.

Mais que toujours la mer respire doucement pour moi qui attendrai comme celle qui dort, que me soit redonné par cet Autre là-bas, le Souffle qui ne s'éteint pas.

3 commentaires:

  1. félicitations pour Aphrodite , tu devrais envoyer un lien vers cette page à Claire B.

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  2. Un texte vraiment très émouvant.
    Je découvre ton blog ce soir, je reviendrai.
    Norma

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  3. Beaucoup d'émotion à lire ton texte. Je m'abonne sans restriction

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