samedi 15 février 2020

Veilleur où en est la nuit ?

Alhambra - Espagne automne 2019



 «  Veilleur où en est la nuit ? «  demande l’âme angoissée au prophète Isaïe - celui qui veille encore debout sur les remparts d’un monde assiégé par les ombres de la mort.

La nuit du cœur, celle-là qui vient sans prévenir, aussi brusquement tombée que là-bas, sous les tropiques, où elle efface en un instant la clarté du jour.

Et le veilleur de répondre : «  Vient le matin et puis la nuit. Si vous le voulez, interrogez, convertissez-vous, revenez. »  

Et ainsi de la vie – du blanc et du noir, de la joie, du désespoir. Veilleur, où en suis-je de ma nuit, celle du coeur brisé ? Il y en aura bien d’autres encore, des plus claires et des plus sombres, et des aubes également. Le prophète ne ment pas, ne rassure pas à peu de frais : oui, l’aube viendra, annonciatrice du jour, mais la nuit suivra avant que le matin ne la chasse à nouveau.

J’ai cessé de croire à ce temps découpé en tranches : celle du passé, celle du futur, et coincée entre les deux, le présent qui disparaît à chaque seconde sans que je puisse le retenir. Non, c’est moi qui me déplace des unes aux autres, et selon que je choisis de me poser sur l’une ou l’autre, ma vie n’est plus la même.

Ou bien encore, et c’est ce que je préfère, ce temps est une spirale infinie où se rejouent les mêmes séquences que je peux voir à chaque passage d’un peu plus haut, d’un peu plus loin. Paysage qui se révèle quand le marcheur s’élève et découvre, récompense de l’effort, ce grand livre ouvert qu’il ne pouvait ni lire ni comprendre, de trop près, de trop bas.

Ce qui était désordre s’organise, ce qui l’interrogeait prend sens. C’était donc cela ce labyrinthe épuisant, ces impasses trompeuses, cette route interminable ?

Cette carte mentale qui s’ouvre, se dévoile, se développe, se déchiffre mieux, s’explique en partie du moins. Car il ne faut pas rêver - livre, carte, plan, rien de tout cela ne sera définitivement connu. Et c’est sans doute le plus difficile, en tous cas pour moi - de savoir que rien ne sera jamais fini, abouti, terminé. Que pas plus que ne s’arrêtera la danse des atomes, notre danse à nous ne se terminera, et encore ce n’est pas certain, que lorsque nous verrons l’autre côté de la toile. 
















Pour la Saint Valentin

photo fabian da costa ' Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. ' Evangile selon Saint J...