mardi 13 décembre 2011

Etoiles





Le compas céleste danse dans la nuit,
la pointe sur le coeur de l'homme endormi.

vendredi 25 novembre 2011

Mousson

      
photo © fabian da costa


            On connaît sa réputation, mais tant que l'on ne l'a pas soi-même vécue, il est difficile de s'en faire une juste idée. Il y eut une année où des impératifs professionnels nous ont conduit au Kérala alors qu'elle n'était pas encore terminée.

Déjà à l'approche des côtes kéralaises, les turbulences et les vibrations de notre avion nous avaient appris que ce séjour nous réservait quelques surprises. Nos amis et collègues indiens se sont étonnés de nous voir arriver à cette période et qui plus est en pleine épidémie de chikungunya, mais nous n'avions pas le choix.



Le pire était passé, semblait-il, tant pour la mousson que pour le chinkungunya. L'une laissait dans les rues des ruisseaux boueux sans cesse renouvelés, l'autre avait envoyé nombre de nos amis et de leurs familles à l'hôpital.



Nous avons donc appris à regarder le ciel pour voir arriver les nuages porteurs de trombes d'eau tiède, dont rien, pas le moindre imperméable, pas le plus grand parapluie ne peut protéger. Nous avons couru, pantalons retroussés nous réfugier dans la première boutique ouverte, compris pourquoi les bus et les rickshaws s'ornaient de bâches de couleurs et d'âges variables, pataugé dans une bouillasse couleur…enfin, vous voyez ce que je veux dire…



C'est donc un de ces jours-là, dans la grande artère d'Ernakulam, tapie dans un rickshaw aux portières largement déchirées, que je vis passer voguant au fil de l'eau qui  dévalait la rue, trois corbeaux, majestueusement installés sur un gros sac poubelle que le courant emportait avec lui. Ils nous doublèrent fièrement sur la droite, nous sommes en Inde, sans klaxonner, ce qui n'est pas normal dans ce pays.



J'avoue que lorsque les nouvelles du monde me donne le blues, je m'offre un fou-rire, en repensant à mes corbacs si dignes sur leur sac poubelle, filant à toute allure sur une eau particulièrement sale, vers un avenir incertain…je me permets même d'y voir comme une vague similitude avec pas mal d'humains aujourd'hui, et je ne m'exclue pas du nombre.












jeudi 17 novembre 2011

Publicité





Et oui, " vu à la TV ", voilà qu'une publicité pour une agence de voyage vient d'illuminer mon esprit et de me faire comprendre ce que je ressentais depuis longtemps et de plus en plus fort, sans parvenir à me l'expliquer.

Donc, dans cette fameuse publicité, on voit une femme, de dos, qui rêve devant une belle image du Maroc, et vient alors la phrase illuminatrice : " Ce n'est pas vous qui voyagez, c'est le pays qui voyage en vous. "

C'était donc ça : le pays qui voyage en moi ce n'est pas le Maroc, c'est l'Inde. Cette sensation d'être toujours pleine d'images, de visages, d'odeurs – être traversée par tout cela qui revient si précisément, au-delà du souvenir, c'est donc l'Inde qui voyage en moi et dont la nostalgie me mets les larmes aux yeux.
 
Quelqu'un a-t-il un remède, à part un billet d'avion, ce qui n'est pas à l'ordre du jour actuellement ?

lundi 31 octobre 2011

Entre-deux

fabian da costa © photographe




L'art de l'entre-deux est un art délicat. Pour certains néanmoins, il peut relever du don naturel et spontané. J'ai la faiblesse de penser que je suis de ceux-là : j'argumente.



Quand dès la naissance on ne peut s'appeler Désirée, quand les premiers mois de la vie se passent à illustrer grandeur nature l'expression " je lui ai refilé le bébé ", la capacité de se faufiler dans l'entre-deux s'épanouie comme champignon après la pluie.



On découvre tout d'abord l'entre-deux mers d'être entre deux mères – celle d'avant qu'on ne connaîtra plus, et celle d'après. On s'y fait vite, on apprend ce qu'il faut dire et ce qu'il faut taire, ce qu'il faut montrer et ce qu'il faut cacher. C'est ainsi que l'on commence à pratiquer l'art subtil de l'entre-deux, ce lieu magique où se tenir à l'abri.



Mais parce qu'il faut bien grandir malgré tout, se frotter au monde et à ses habitants, il devient nécessaire  d'agrandir son entre-deux, de l'aménager, de le meubler. On se fait un entre-deux de rêves secrets, qu'on augmente ensuite de l'entre-deux des amis, puis des amours imaginaires. On peut y ajouter celui des songes éveillés, et s'il reste de la place on y invitera encore tout ce qui peut entourer, protéger, isoler. De là il est possible presque sans danger, de regarder la vie.



Ce n'est pas courageux de trop rester dans cet entre-deux ? Certes – et pourtant j'en connais de merveilleux. Celui du sac et du ressac sur une plage d'enfance, où l'instant le plus important est dans l'infime suspension qui les partage. Celui encore qui s'installe entre mon inspir et mon expir, des milliers de fois recommencé sans que je m'en rende compte. Mais l'entre-deux le plus beau est sans conteste celui qui vient par merveille, quand  cessent enfin les pensées, et qu'advient le profond et trop bref silence entre leurs flots incessants.







 

samedi 29 octobre 2011

La Trame des jours

fabian da costa © photographe




Toute fenêtre est magique qui s'ouvre à la lumière et se ferme sur l'ombre.

Toute fenêtre donne envie d'aller voir derrière le secret, 

qui là-bas sous le rideau palpite.


dimanche 23 octobre 2011

La Trame des jours

fabian da costa © photographe

Nostalgie



     Voilà qu'ils ont grandi, ceux-là que nous avions tenu, les mains posées sur notre ventre ; petites bêtes rondes et remuantes.

    Ceux-là que nous avons monté doucement, maille à maille, comme les petits tricots que nous leur préparions.Tricoter une brassière - tricoter un enfant, une femme peut vous faire tout ça en même temps.

    Bien sûr, nous le savions, que les enfants grandissent. Qu'ils se déploient lentement, qu'ils s'enroulent, jeunes glycines, de nos genoux à notre taille. Ils nous monteront d'abord jusqu'à l'épaule, avant de nous regarder, là, dans les yeux, sans plus avoir besoin de lever les leurs.

     Tout nous le disait, tout nous l'apprenait. Les manches du chandail qui fuient loin des poignets, le bas du pantalon, qui s'éloigne horrifié du plancher, la chaussure trop petite et à peine achetée.

    Nous sommes prévenus, avertis, mis en garde, et pourtant désarmés. Car c'est léger comme la main du vent, le soir après les chaleurs de juillet. Fugace comme la course des nuages sur les grands champs de blé.

      C'est l'impalpable instant où le visage change. Une lumière qui soudain efface les rondeurs de l'enfance, pour éclairer, subite et d'abord passagère, cet inconnu qui vient au monde.       
     
      Voilà qu'ils ont grandi - mais çà, on le savait. Ce qu'on ne savait pas, ce que l'on n'apprend pas,c'est la vive douleur de l'invisible fil plus fin que le rasoir,qui tranche entre eux et nous, une indispensable frontière.

vendredi 7 octobre 2011

Vercopoème VII


photo© fabian da costa

Nuages


Ils écrivent dans le ciel,

d'une plume légère et floconneuse,

les cartes du temps, les routes des grands espaces.



Imagine-t-on, un ciel pur infiniment,

sans un de ces points d'orgue,

blanc, sur un sommet.




 


Eurydice...

                                   photo fabian da costa   Eurydice, Eurydice, je pense à toi ce soir. Il fait froid, il fait noir, et je t’...