samedi 29 septembre 2018

Lettre à une fugitive

Grèce photo fabian da costa
 Vois-tu ma très chère, ce matin comme tous les autres matins, j’ai pris mon café
en écoutant la radio, j’ai dit bonjour au chat qui rentrait de sa maraude de la nuit, j’ai regardé la météo du jour pour savoir comment m’habiller dans cette étrange saison de trop chaud ou trop froid. Bref un matin comme tous les autres.

Comme les autres ? Pas vraiment, puisque soudainement, entre deux bruits du monde, entre deux pensées sans importance, s’est glissé un silence très doux. Je me suis posée dans ce précieux silence, je l’ai écouté, goûté, savouré…et puis là est venue la conscience d’un vide, d’une absence, d’un blanc de neige où les pas de l’aimée ne se poseraient plus. J’ai regardé mes livres qui du sol au plafond tapissent mon refuge, mon île – ils étaient tous muets et endormis. Tout dormait d’ailleurs autour de moi, et en moi aussi, comme dans ces contes où un affreux sortilège plonge les gens et les bêtes dans un profond sommeil.

Il n’y a pas eu chez-moi de méchante sorcière, aucun filtre magique, aucune malédiction, juste que tu n’étais plus là et depuis si longtemps. Je suis la seule responsable, je le sais, tu as patienté longuement près de moi, attendant qu’à nouveau je te regarde. Je disais que j’allais revenir, que j’avais tant d’autres choses plus importantes dans ma vie que toi, mais que bientôt un jour, nous nous retrouverions. Tu as fait semblant de me croire, et moi j’ai fait semblant de croire ce que je te disais. Mais l’amour est ainsi qu’à se voir négligé, il finit par se retirer sur la pointe des pieds, sans bruit. Et ainsi as-tu fait, et c’était bien fait. Bien fait pour moi et pour mes bonnes et mauvaises excuses, bien fait pour toutes ses heures gâchées, à rien et à n’importe quoi, plutôt qu’à essayer de te rechercher.

Mais rien n’est perdu tant que je ne t’ai pas perdue toi, à tout jamais. Reviens, je suis prête à t’accueillir - je fais de la place dans ma vie, dans mon cœur, dans mes pensées. Reviens, chère écriture. je t’aime.

lundi 9 avril 2018

Ceux-là et les Autres

le Port de Bordeaux




Ceux-là - sont nés dans un port – les autres pas. Ceux-là ont eu dans leurs oreilles, dès qu’elles s’ouvrirent au bruits du monde, les sirènes des bateaux, la plainte lugubre des cornes de brume les nuits de novembre. Ils ont vu tourner sur les quais les grandes ailes des grues, qui arrachaient du ventre des navires les chargements de bananes, de café, d’arachides. Ils savaient que le temps aller changer à la prochaine marée, et en toute innocence ils parlaient des bittes - avec deux T - où s’enroulent les cordages des bateaux.

Où que la vie les entraîne, ils ne peuvent oublier le cliquetis des haubans, le claquement d’une voile qui s’ouvre, le clapotis de l’eau contre les digues. Ils savent que le phare s’éveille à la tombée du jour, pour lancer toute la nuit un chemin lumineux entre les hommes de la terre et ceux de la mer.

Ceux-là, et j’en suis, ne serons jamais d’autre part que d’un rivage perdu. Mais si vous les mettez dans n’importe quelle ville maritime, où ils ne sont jamais allés – ils vont flairer le vent, regarder le ciel, et vous dire avec aplomb - : la mer, c’est par là. Et ils se trompent rarement.

Si la vie les arrache à leur monde, à leurs rêves, ils vont survivre bien entendu. Ils vont apprécier à leur juste valeur tout ce que la terre des terriens offre de beau et de splendide. Mais si vous avez l’oreille fine, vous les entendrez soupirer qu’ils préfèrent la mer.

Ceux-là ont un secret bien gardé. Lorsqu'ils pleurent, ils savent que du bout de la langue ou du doigt, ils peuvent cueillir quelques gouttes d’eau salée venues de leur mer intérieure. Les Autres pas.




























dimanche 11 mars 2018

Chevaucher la vie...

Massif du Pelvoux - photo fabian da costa





Chevaucher la vie comme un indien des plaines chevauche son cheval - ni selle ni étriers, et encore moins de cravache.

La tenir ferme entre les genoux, ni trop ni trop peu. Suivre la courbe du chemin, le sens du vent, l'odeur de la terre.

Chevaucher comme un indien des plaines et ne faire qu'un avec le rythme du temps, jusqu'au bout de l'horizon, là-bas où l'on ne sait pas, où l'on ne sait plus.

samedi 3 mars 2018

Il est grand temps de rallumer les étoiles

Etoiles de Noël au Kérala - photo fabian da costa



Les étoiles mouraient dans ce beau ciel d'automne
Comme la mémoire s'éteint dans le cerveau
De ces pauvres vieillards qui tentent de se souvenir

Nous étions là mourant de la mort des étoiles
Et sur le front ténébreux aux livides lueurs
Nous ne savions plus que dire avec désespoir 

ILS ONT MÊME ASSASSINÉ LES CONSTELLATIONS 

Mais une grande voix venue d'un mégaphone
Dont le pavillon sortait
De je ne sais quel unanime poste de commandement
La voix du capitaine inconnu qui nous sauve toujours cria

IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ÉTOILES

guillaume Apollinaire, 1917

samedi 25 novembre 2017

Hommage

Maître soufi dans la Dargah de Nizamuddin à Delhi
photo fabian da costa



Mon coeur devient capable de toute image:
Il est prairie pour les gazelles, couvent pour les moines,
Temple pour les idoles, Mecque pour les pèlerins,
Tablettes de la Torah et livre du Coran.
Je suis la religion de l'amour, partout où se dirigent ses montures,
L'amour est ma religion et ma foi.

Ibn’Arabi


En hommage aux centaines de  croyants soufis égyptiens, massacrés dans leur mosquée par une barbarie aveugle, cette image comme venue du fond des âges, comme une fenêtre ouverte sur un temps de paix, de respect, de paisible transmission d'un maître à ses disciples.

A Delhi, la Dargah de Nizamuddin, est le sanctuaire qui accueille le tombeau de Hazrat Khawaja Nizamuddin Auliya, grand saint du soufisme indien. Chaque jour, des centaines de fidèles viennent chanter et prier devant son mausolée. Nous y avons toujours été reçu avec amitié et bienveillance.



lundi 23 octobre 2017



Voici bien longtemps que je n'avais pas acheté un livre de poésie. Trop longtemps. Celui-ci me sauta aux yeux et au coeur. Il ne parlait que de la mer, toujours et encore - présente, en allée. 

" Nous nous sommes éloignés et lointaine est devenue la mer. elle a descendu nos marches de pierre et nos balustrades : l'eau s'est retirée en sa demeure, sous l'encolure de sa sombre vague. Lentement elle aspirait la surface de la terre et l'asséchait. Alors surgit la terre ferme avec ses stèles de pierre et ses prairies sculptées, des cheminées et des pierres verdies apparaissant peu à peu, et la mer restant à l'arrière, vaste murmure des forêts saccagées."

Je me suis éloigné de la mer...et ne m'en suis jamais consolée.

dimanche 22 octobre 2017

du non agir des citrouilles

photo fabian da costa



Un potager ça se mérite, ça s'enrichit, se sème, se plante, se désherbe, s'arrose...Un compost ça se débrouille tout seul ou presque, à digérer, transformer, usiner, ce qu'on lui jette un peu pèle-mêle au long des jours. 

Et voilà le résultat - deux plants de courges ont décidé de pousser là, et nous n'y sommes pour rien. Elles sont dodues, ventrues, superbes. Il a fallut courir rattraper l'une d'entre elles qui prenait le chemin de la liberté et du ravin. Même le concombre est venu de je ne sais où, s'installer - peut-être juste pour la photo.

Moralité de l'histoire, ne rien faire et laisser faire...c'est bien aussi et moins fatiguant !


Eurydice...

                                   photo fabian da costa   Eurydice, Eurydice, je pense à toi ce soir. Il fait froid, il fait noir, et je t’...