mercredi 29 décembre 2010

A l'aube d'une année nouvelle...



    

    Me voici, Jeune Fille de la Terre, mon corps est lisse comme un galet, rond, pareil à une perle, ma peau est une argile dorée.
    Je viens à toi dans le printemps de mon âge, dans le printemps de ton âme.
Je tends vers toi deux mains ouvertes, accueille-moi. A l'aube du monde j'étais déjà ce que je suis, et demain je serai pareille à aujourd'hui.

    J'attends celle qui voudra venir près de moi, celle qui me suivra sans demander pourquoi le vent soudain chante plus fort, et plus forte aussi monte comme une caresse sur son cou, l'odeur du chèvrefeuille fou, du buis amer au creux des bois.

    J'espère celle qui marchera là où le chemin ne se voit pas Je suis si jeune et très précieuse, comme un bijou qu'il faut porter, comme un parfum à respirer.

    Mes yeux sont clos sur le secret des choses, sous mes paupières reposent tous les espoirs et les désirs.
Eveille-toi et lève-toi.

lundi 27 décembre 2010

Bestiaire nocturne I



" Le Miroir de Fidélité " Tapisserie de la dame à la Licorne 

 La licorne

La pure et très blanche bête,
qui se mire au miroir de la belle,
voit-elle sa pureté, sa blancheur ?

Elle sourit presque à sa vue,
ou bien à la nôtre
qui la regardons se regarder,
sans nous voir.

Sommes nous encore dans un temps
où les licornes peuvent ainsi
marcher vers les humains ?
transmettre le savoir des terres anciennes,
tendre vers leurs pauvres cœurs le miroir de Fidélité,
où chacun découvrira sa Vérité,
inaltérable et pure, immaculée.

Antony and the Johnsons - Thank You for Your Love (Live on Later with Jo...

jeudi 23 décembre 2010

Du fond des rêves sont venues




photo © fabian da costa
   

 Elles me visitent la nuit, sans que je le cherche ou le veuille,
douces bêtes venues des mondes incertains.
Silencieuses, elles franchissent l'invisible frontière de mes rêves.
Bestiaire nocturne, messager des eaux profondes,
porteur de paroles que je sais sans les connaître.

Enfant j'étais puissance et je touchais le ciel,
enfant j'étais clarté et j'éprouvais la nuit.
J'avais les maîtres mots qui commandent aux ombres,
ceux qui font naître au jour les mystères du monde.

Qui grandit, oublie…je le savais bien sûr.
Mais j'ignorais que de cette perte, on ne se remet pas.
Ou bien alors faut-il attendre que par pitié et charité,
ces passagers de la nuit habillés de songes,
viennent me rappeler mon royaume perdu.







lundi 20 décembre 2010

Celle qui croyait ne pas aimer Godard




  C'était moi, qui avait enduré de longues heures de souffrances et d'incompréhensions devant des films de Godard projetés dans ces fameuses salles  " d'art et d'essais ". Longues heures durant lesquelles je pensais être particulièrement stupide, puisque je ne comprenais rien, alors que des personnes de mon entourage, estimables, sortaient de la séance totalement subjuguées.
C'est donc par pure affection pour elles que je suis allée voir son dernier film, " Socialismes ". Dès les premières images, j'ai compris que cette fois j'étais piégée et que j'allais aimer….et j'ai aimé, infiniment, même lorsque je n'ai pas tout compris. Des moments de pures beautés plastiques, des flashs de vies, des souvenirs réapparus comme des fantômes de l'histoire, de notre histoire humaine.
Et voilà, comme disait ma fille vers ses 6 ans, lorsqu'elle affirmait une chose et puis tout aussitôt son contraire : " Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ".




vendredi 17 décembre 2010

Rêves


photo © fabian da costa

La fileuse
J’ai filé la longue chemise des rêves, longuement je la tisse chaque nuit. J’attends maintenant l’aiguille, la grande aiguille qui coudra de fil rouge l’histoire de ma vie.
Je l’ai reçu dans un coffret de cèdre clair, couchée comme une épée, dormante et espérant ma main pour vivre enfin et danser, dessus-dessous et encore dessus.Traçant derrière elle comme un éclair de feu, les routes et les chemins.
Coudre est dangereux ; voilà un redoutable jeu. Que vais-je ici lier que je ne sais pas encore nommer ?

Aux récits des temps anciens, l’aiguille pouvait blesser la main. Qu'adviendra-t-il si je me pique le doigt ? Je peux dormir cent ans et peut-être mille ans sans m’en apercevoir, puisque je ne sais plus depuis longtemps déjà, défaire du songe ma vie. Je sais seulement quand je suis dans tes bras que j’ai toujours voulu cette place là.

Ce qui sera ne m’appartient pas et je coudrai ce que tu voudras. J’assemblerai ma vie à la tienne, bord à bord, corps à corps, à petits points serrés comme tes mains sur moi. Je dirai que c’est bien, je dirai que c’est beau  à chaque jour nouveau, à chaque nuit qui vient. Il n’y a plus ici de frontière, et lorsque je t’attends, tu étais déjà là.

mercredi 15 décembre 2010

Pour une ville retrouvée


photo © fabian da costa

        
Ces parfums d'enfance que je retrouve, passagers comme buées sur la vitre, nuages dans le ciel, viennent pour la plupart de Bordeaux, ville que je croyais ne pas aimer et qui se rappelle à moi, étrangement.
Voici revenus les quais de la Garonne, le jardin public, la rue Borie et ma maison, la rue Sainte-Catherine et ses magasins, et même les putes sur le trottoir. : vieillies comme le monde qui est passé là, et comme moi aussi.
Quand j'étais une petite fille de la bourgeoisie bordelaise, ces filles se trouvaient tous les jours sur le chemin de la promenade que je faisais avec ma nounou, de la maison jusqu'au jardin public. Nous longions le quai des Chartrons, celui qui borde la Garonne et le port, qui à cette époque venait s'allonger dans la ville même, avec ses bateaux, ses marins, ses docks, ses longues grues, et ses filles à la porte des bars qui se succédaient tout au long des quais.
J'étais, mes vieilles photos en témoignent, une parfaite enfant de bonne famille. J'avais des cheveux blonds retenus par des rubans de satin assortis à mes robes. Des socquettes blanches, des sandales blanches aussi que je salissais malgré tous mes efforts, et le dimanche pour me rendre à l'office en compagnie de ma mère, des gants en dentelle, blanche bien entendu.
Ma nounou me tenait d'une main ferme, et hâtait le pas quand nous passions dans le secteur le plus chaud des quais, celui qui rassemblait le maximum de bistrots et de filles appuyées à la porte, ou accoudées au comptoir, celui qui se trouvait le plus près de l'entrée des docks, là où les hommes assis par terre, le dos contre la grille attendaient une embauche, là où les matelots sortaient vers la ville.  Elle ne parvenait pas, sans doute à cause de mes petites jambes, à marcher assez vite, pour éviter que l'une ou l'autre de ces femmes ne se penche au passage pour m'embrasser.
J'étais une enfant que l'on embrassait très peu : ma nounou jamais, car on n'embrasse pas les enfants des maîtres, ma mère parcimonieusement, pour ne pas tomber dans un sentimentalisme déplacé.
Les baisers de ces filles sont l'un de mes plus beaux souvenirs. C'étaient des baisers généreux et parfumés, très parfumés, des baisers donnés à l'enfance qui passait devant elles, des baisers qui sont restés les plus secrets et parmi les plus précieux de ceux que j'ai reçus.

Eurydice...

                                   photo fabian da costa   Eurydice, Eurydice, je pense à toi ce soir. Il fait froid, il fait noir, et je t’...