mardi 23 août 2011

Vercopoème V


Le Mont-Aiguille © fabian da costa


"Ce dont on te prive, c'est de vents, de pluies, de neiges, de soleils, de montagnes, de fleuves, et de forêts : les vraies richesses de l'homme ! Tout a été fait pour toi ; au fond de tes plus obscures veines, tu as été fait pour tout. Quand la mort arrivera, ne t'inquiète pas, c'est la continuation logique. Tâche seulement d'être alors le plus riche possible. A ce moment-là, deviens ce que tu es, deviens."

Jean Giono " Les Vraies Richesses "


jeudi 18 août 2011

Vercopoèmes IV

Vercors © fabian da costa


Falaises


Grandes déchirures de la montagne :
chaque coucher de soleil les embrase.

Pâles, suspendues dans le vide,
phosphorescentes de lune.

Masses noires, plus noires que la nuit.

Icebergs de pierre naviguant dans le ciel,
rouges, jusqu'à l'incroyable.



 




mardi 16 août 2011

Vercopoème III


hauts-plateaux du Vercors © fabian da costa


Celui qui aime la mer aimera les hauts plateaux.

Par leur longue houle verte, leurs croupes bondissantes,
par leurs majestueuses vagues de pierre, figées au-dessus de l'abîme,
ils sont lieux de solitude et de silence,
si profondément proches du monde sous-marin.

Voici que la matière torturée par l'eau et le vent
se sculpte en formes abruptes :
pierres rongées et percées pareilles au bois tendre,
arbres pétrifiés aux branches acérées.

Rien n'est ici tout à fait comme en bas,
parmi les hommes.

 




dimanche 14 août 2011

Vercopoème II


Le Mont-Aiguille © fabian da costa



Ailes dans le ciel.
D'invisibles ciseaux,
fendent le bleu soyeux
d'une criante lame.

jeudi 11 août 2011

Vercopoèmes I


Le Vercors © fabian da costa



 MONTAGNES 

Elles sont le souvenir de la grande colère du monde,
immobiles, comme la puissante main du temps les a laissées.

Grand élan figé dans l'espace nu,
lieux de la crainte et du désir de l'homme,
qui toujours et encore, veut jusque-là-haut,
porter son coeur insatisfait.



vendredi 29 juillet 2011

Mettre le prix




photo © fabian da costa



Et accepter de payer sans marchander le prix exorbitant de la beauté.

Quel est ce prix à payer, ce prix exorbitant, exigé pour atteindre cette mystérieuse beauté dont parle Nicolas Bouvier ?

Payer c'est, d'une manière ou d'une autre se défaire d'un bien pour en acquérir un qui semble plus désirable, plus nécessaire. C'est créer un vide pour acquérir du plein. C'est renoncer à tout avoir en même temps : le beurre et l'argent du beurre, ce que je veux garder et ce que je désire avoir.

Payer, personne n'aime vraiment cela : je l'ai payé cher – j'ai payé de ma personne – c'était trop cher payé – et puis tout un chacun le sait, ce qui n'a pas de prix en a un, fort élevé en général.

Alors avec quoi payer sans rechigner ni marchander, cette beauté qui nous est présentée comme hors de prix ? Déjà il m'a semblé qu'il était possible, sans trahir la pensée de l'auteur, d'ajouter d'autres " produits " tout aussi chers dans notre panier,  comme la vérité, l'équanimité, et allez soyons fou, la pureté.

A quoi suis-je capable de renoncer dans ma vie, dans mes croyances, dans mes désirs, pour acquérir tout simplement ce qui ne dépend ni des circonstances, ni de mes humeurs, ni même de mes envies, ce qui est l'absolue splendeur du monde….

De quoi vais-je accepter de me dépouiller pour avoir ne serait-ce qu'une fois, la grâce de contempler la beauté, celle  qui se tient au-delà de tout – la beauté au-delà du beau.
 

mercredi 27 juillet 2011

Confidences et secrets



photo © fabian da costa


Ces chuchotements de femme à l'oreille de Nandi, le taureau monture et compagnon du dieu Shiva, m'ont toujours intrigué. Quelques hommes parfois, mais surtout ces femmes en saris chatoyants qui se penchent en faisant tinter leurs bracelets, mettent leur main en conque près de l'oreille de celui qui veille avec amour et patience en vis-à-vis de son maître bien-aimé, Shiva.

Nandi n'est pas n'importe lequel des taureaux à bosse si nombreux qui peuplent les campagnes et même les villes indiennes. Placides en général, j'en ai croisé plus d'un, avançant d'un pas paisible au milieu d'un embouteillage indien qui rendrait fou n'importe quel quadrupède occidental, ils sont tous sous la protection de Nandi, qui dans sa grande bonté protège aussi tous ceux qui marchent à quatre pattes, et dieu sait qu'ils sont nombreux.

Nandi est le fils d'un sage des jours anciens, Kashyapâ, et de Surabhî, la vache céleste, née au moment du barattage de la mer de lait par les dieux et les démons, à l'origine du Monde.

Un pareil lignage ne pouvait qu'en faire un dieu lui-même, dévoué à un plus grand dieu encore, Shiva. Il en est la monture, le fidèle disciple et aussi le messager infatigable. C'est à cette qualité que s'adresse celles et ceux qui viennent lui confier leurs demandes et leurs espérances, certains qu'il les portera avec diligence auprès de son maître dont la statue se trouve toujours en face de lui.

Chez-nous les messagers divins sont des anges aux ailes plus rapides que l'éclair. Je ne doute pas que Nandi, le blanc taureau, ne soit aussi efficace. D'ailleurs je lui ai moi-même confié une demande au creux de son oreille de pierre, mais je ne dirai pas laquelle…une confidence est une confidence, un secret qui se dit n'est plus un secret.





Eurydice...

                                   photo fabian da costa   Eurydice, Eurydice, je pense à toi ce soir. Il fait froid, il fait noir, et je t’...