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dimanche 18 mai 2014

un pèlerinage IV

Le Gange près de sa source, les Himalayas dans les nuages
photo fabian da costa


Le sol et les berges scintillent d'innombrables étincelles de mica arrachées aux roches par les flots. Les pics enneigés là-haut sont comme des torches de pierres vives qui se dressent devant une barrière blanche encore plus haute.

Je ne vais pas mieux, mais de pire en pire. J'alterne les invocations  aux saints de tous les cieux, des crises de colères contre moi, contre Fabian qui marche plus loin devant, pour faire son travail de photographe. La veille j'ai acheté un mala, un chapelet  de perles vertes dans une des nombreuses échoppes d'objets de piété, je l'ai mis autour de mon cou  avant le départ, comme une protection. Et bien il ne me sert à rien et je suis furieuse et malheureuse.      

Où sont passées mes belles résolutions d'acceptation de ce qui est, mes promesses d'accueillir avec gratitude ce que la vie me présente, mon désir de m'unir par la prière à tous ceux qui m'ont précédé ? Je ne suis plus qu'un corps souffrant qui ne peut plus avancer et un cœur révolté.

Malgré tout Rani presse le pas, il nous faut arriver avant 18 heures au camp - les porteurs y sont déjà - il faut surtout se méfier de la brume et de la pluie qui en cette saison, chaque soir, enveloppent la montagne et rendent les pierres rondes et luisantes encore plus dangereuses.

Il me donne la main aux passages les plus ardus, me pousse ou me tire, me donne à boire des jus de fruits qu'il tire de son sac qui semble inépuisable, m'offre des nourritures que je refuse car je ne peux rien avaler.

A quelques centaines de mètres en contrebas on aperçoit les pins de Chirbasa, le camp enfin. Mais je suis tellement épuisée que je ne peux m'empêcher de continuer à pleurer, et ce n'est pas de joie. Le camp comme un havre enfin atteint, le camp pour se reposer, se coucher. Notre agent de voyage d'Uttarkashi nous avait promis un lieu confortable, de l'eau chaude, des toilettes…de quoi reprendre des forces pour la journée suivante.

Le camp, c'est une minuscule tente igloo bleue qui n'en était pas à sa première excursion, de très léger matelas de sol posés à terre comme leur nom le laissait à penser, une bouilloire d'eau chaude et des " toilettes…" dont je ne parlerai pas. Mais quelle importance, en bonne forme nous nous en serions facilement contenté, épuisés, nous l'avons apprécié.

Nous nous couchons tout habillés, juste retirer les chaussures, et encore parce qu'il le faut bien. La nuit sera longue et glaciale bien entendu, nous sommes à plus de 4.000 mètres. Pour moi, rien ne va mieux et j'ai peur de m'endormir et de ne pas me réveiller. Je sais que c'est arrivé ici même, à des gens plus jeunes et plus aguerris que moi. Il était déjà impossible de redescendre tout à l'heure avant la nuit, il en est hors de question maintenant dans le noir absolu et c'est pourtant le seul remède au mal des montagnes.

Vers deux heures du matin je me traîne hors de la tente, la nuit est magique. Le ciel semble si proche au-dessus de moi, que je pourrais toucher du doigt les milliers d'étoiles incroyablement brillantes qui le constelle. Je ne sais comment, les sommets couverts de neige qui nous entoure me paraissent rayonner d'une lumière intérieure. Finalement mourir ici, pourquoi pas ?

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