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mercredi 19 janvier 2011

La Trame des Jours 1


photo © fabian da costa
       
       Dans leurs bras de pierres, elles nous ont tous tenus, bercés endormis. Tous, si nous fermons les yeux, nous pouvons retrouver le chemin de la maison de notre enfance. Belle ou laide, vaste ou incommode, c'est celle-là qui nous a vu grandir et pas une autre.

      Je revois mon fils quitter un logement humide, sans charme et sans soleil, embrasser les murs de sa chambre, et partir déchiré vers une maison claire, cernée de champs et de forêts. Le coeur est aveugle. Seuls sont vrais les souvenirs de l'amour.

      Mais il ne suffit pas de poser ses meubles et ses valises dans une nouvelle maison pour être immédiatement chez-soi. J'en ai connu des hautaines qui ne se laissaient conquérir par personne, des sournoises où  les pieds manquent les marches, les épaules heurtent les chambranles, et où  l'on vit méfiant et resserré, sur une prudente défensive. Il y a la bâtisse stupide qui ne comprend rien à ce que vous lui demandez. Les murs refusent les clous, les planchers sont pourris, le carrelage poreux. Même vos meubles vous paraissent sots et ne trouvent pas leur place. Ces maisons là ne sont pas vraiment méchantes et l'on finit par s'y faire tant bien que mal une place, à coups de pieds et à coups de gueule.

      La nôtre, notre dernière maison, j'ai tout de suite eu envie de la qualifier de débonnaire. Débonnaire, avec un touche de légère ironie, devant ces gens de la ville éblouis par un carré d'herbe.
                 
      Nous  avons emménagé dans une radieuse fin de juin, pour nous retrouver à l'automne sous de mémorables tempêtes d'équinoxe. Le mince ruisseau qui coule au fond du vallon est devenu un torrent furieux qui a coupé et défoncé notre chemin. Les chenaux saturés d'eau et obstrués par les feuilles que nous n'avions pas songé a ôter ont subitement débordé jusque sous l'auvent . Nous avons acheté en toute hâte, des cirés, des bottes, une grosse pioche et une grande pelle, et nous avons connu les joies de creuser des tranchées à minuit, sous le déluge. Notre région fit à ce moment là les grands titres des journaux et nous nous sentions presque des héros. L'aventure était à notre porte.

     La maison nous a adopté ces jours-là je crois, attendrie par tant de maladresse et de bonne volonté.

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