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samedi 4 décembre 2010

Des plumes dans la neige

Photo © Fabian da Costa


Ce matin un petit chemin de plumes grises est tracé dans la neige accumulée sur la terrasse. Un chemin léger comme un souffle, mais qui raconte certainement le drame habituel de la rencontre d'un chat et d'un oiseau.
Les oiseaux sont nombreux autour de la maison en ces jours de froids intenses et les chats le savent bien. Je connais deux coupables potentiels : Harold, le chat élégant et snob de nos voisins, et le nôtre, Shanti, jeune rouquin intrépide. Deux félins carnassiers gavés de croquettes, et qui n'en passent pas moins des heures sous les mangeoires à guetter leurs proies.
Grave dilemme : faut-il ou non continuer à suspendre mangeoires et boules de graisse dans l'arbre sachant les chats aux aguets ? Ne plus le faire revient à priver de nourriture tous les oiseaux qui depuis des années trouvent table ouverte chez-nous. Donc nous continuerons à nourrir les oiseaux et à constater sans y pouvoir grand chose, que les chats sont des chasseurs impénitents.

Bien que le rapport puisse sembler disproportionné, mes réflexions matinales ont rejoint étrangement d'autres pensées plus graves qui m'agitent en ce moment. L'incontournable sentiment que le tragique, avec ou sans majuscule, est redevenu présent dans nos vies personnelles, politiques, mondiales. Peut-être parce que je suis de cette génération qui avait 2O ans à l'aube des Trente Glorieuses, le retour d'un chaos généralisé, de peurs réelles ou imaginaires, d'angoisses matérielles et spirituelles me frappe de plein fouet. Nos ancêtres avaient appris à vivre dans l'insécurité, le danger, l'inconnu du lendemain. On nous avait promis une vie facile, un progrès au service de l'homme, des loisirs, un travail moins pénible, et pour les plus optimistes une ère de paix relative après les horreurs des dernières guerres.
Voici un XXIème siècle où les conflits s'étendent sur toute la planète, où le fameux progrès se venge de ses adorateurs, où les vieux voient leurs retraites s'envoler et où les jeunes n'arrivent pas à trouver un vrai travail. Et la litanie des catastrophes et des calamités voulues ou non peut s'allonger à l'infini, nous la connaissons tous par cœur.

Alors quel rapport entre le petit chemin de plumes grises sur la neige et cette angoisse sournoise qui envahit notre planète ? Peut-être aucun pour certains. Pour moi j'y ai vu le signe qu'il était temps sans doute d'abandonner les faux espoirs, les sécurités mensongères que les deux tiers de l'humanité n'ont même pas eu le loisir de connaître, pour regarder la vérité en face, la vie en face, y compris les plumes éparses sur une blancheur de neige, signes de mort, mais aussi signes de vie.

Et voilà que ce matin, plongée dans des réflexions certes banales, mais qui envahissaient mon esprit, j'ouvre le blog ami de Phytospiritualité, et que j'y trouve un message qui me convertirait à la synchronicité, si ce n'était déjà fait depuis longtemps. Il s'agit d'un texte du philosophe Alexandre Jollien qui parle d'insécurité fondamentale et de vulnérabilité. Je me permets d'en emprunter un extrait.

" Alors, au lieu de fourbir des armes, de construire maintes carapaces, l'œuvre d'une vie pourrait s'épanouir sur d'autres chantiers : trouver la paix dans l'insécurité, la découvrir dans les hauts et les bas du quotidien. Cette paix comme la joie inconditionnelle ne s'obtiennent pas ailleurs, dans un monde parfait, mais ici, en pleine difficulté, dans le doute, avec les blessures. Oui, de notre fragilité, contre toute attente, peuvent naître des ressources inouïes. Et la vraie force revient à s'appuyer sur la précarité pour aller, sans bagage et sans armure, nu sur les chemins de l'existence. "
( Alexandre Jollien – La Vie novembre 2010 )

Voilà, il fait maintenant un grand soleil dans un ciel tout bleu. Les branches dégarnies de notre figuier sont pleines d'oiseaux, les chats ne sont pas là, sans doute partis à la chasse aux souris dans la grange voisine... la vie quoi.





1 commentaire:

  1. ce texte chez acouphene m'a touchée aussi
    par lui je suis arrivee ici sur votre blog. je reviendrai si vous me le permettez

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