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lundi 13 décembre 2010

Ecrit du lointain, pour un jour de souvenirs



photo © fabian da costa

L'Inde pareille à un fruit inconnu pris à l'étalage d'un marchand des rues en pays étranger. J'ai déjà mangé des fruits exotiques : la première bouchée est surprenante, délicieuse - la deuxième peut laisser vaguement nauséeux - encore une et le délice est revenu. Le fruit terminé, je ne sais toujours pas s'il était réellement bon. Il m'est seulement devenu impératif d'en reprendre un autre, très vite – et encore, et encore. Ensuite ?…il n'y a plus de question, seulement la vie, là-bas.
Je n'ai rien connu de plus doux que la venue de la nuit ici, en Inde du sud, rien de plus délicat que cette heure soyeuse qui vient à pas légers poser un voile sur toutes choses.
Chez nous la tombée du soir se sent, se respire, s'entend presque. La nuit s'installe avec aplomb, elle recouvre le jour avec autorité, sans autre préavis qu'un vrai crépuscule où les bruits et la chaleur s'éteignent et s'assourdissent.
Dans l'Inde que je connais, jamais le silence ne s'installe, jamais les lumières ne pâlissent, du moins jamais entièrement, et la chaleur faiblit à peine. La nuit ne tombe pas – le jour ne s'enfuit pas - simplement comme du lait dans le café, l'un se dissous dans l'autre.
         Les verts, les dizaines de verts du Kérala, ceux des palmiers, des bananiers, des manguiers et de tout ce qui porte tiges, feuilles, fleurs, fruits, s'adoucissent comme sous le pinceau aquatique d'un aquarelliste. Le ciel et l'eau se ressemblent et se rassemblent, la marée reprend pour les emporter vers le large, les îlots de jacinthes roses qu'elle ramènera au matin.
        Les barques en demi-lune s'éloignent, tandis que les pêcheurs déjà rentrés commencent à vendre leurs poissons sous les guirlandes d'ampoules, en bordure de la plage.
        Cette nuit qui ne dit pas son nom, cette obscurité si rapide à venir qu'elle n'entrave la vie en aucune manière, porte en elle une étrange nostalgie. C'est l'heure du rêve éveillé, de la marche somnambule, de la pensée dormante, de la présence insaisissable.





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